Le doux parfum du camphre

Il fut un temps, pas si lointain, où le rugby n’était pas encore un sport professionnel. À cette époque, les termes de musculation et de diététique étaient des gros mots. Pendant un match, personne ne s’amusait à compter les mètres parcourus ou les franchissements, tout au plus les points de suture gagnés au combat, comme autant de médailles.

Il fut un temps, pas si lointain, où l’équipe de France faisait rêver. C’était les années 80. Les stars s’appelaient alors Jean-Pierre Rives, Serge Blanco ou Jérôme Gallion.  Les héros de l’ombre, les « gros », avaient pour nom Jean-François Imbernon, Jean-Pierre Garuet ou Philippe Dintrans. C’était l’âge d’or du rugby français et le « french flair » n’y a probablement jamais si bien porté son nom.

David Beresford est Anglais mais ce n’est pas de sa faute. Il aime les bons vins, la gastronomie et le rugby hexagonal, il lui sera donc beaucoup pardonné. Avec Frères d’armes, il a voulu rendre hommage à quelques-uns des joueurs qui ont participé à cette épopée. Il est parti à leur recherche, un par un, tel un pèlerin humble et curieux en terre d’Ovalie. Le résultat de cette quête : 32 magnifiques portraits où Il y est question d’amitié, d’affrontement, de courses, d’ivresses et de fêtes. Et de regrets parfois, car la légende a aussi ses cotés sombres. Un album superbement illustré, notamment par le photographe Pierre Carton, au doux parfum de camphre, d’anis et d’herbe piétinée. Un livre beau comme des oreilles de pilier ou une passe de trois-quarts centre.

Frères d’armes

David Beresford

Hugo Sport

256 p 29,95 €.

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Naissance d’une république

La cinquième république est officiellement née le 4 octobre 1958, date de la promulgation de sa constitution. Toujours en vigueur, elle semble gravée dans le marbre. Cette période reste pourtant une page obscure de l’histoire « officielle » française. Et comme souvent, c’est des Etats-Unis que nous vient un nouvel éclairage : Grey Anderson, historien dont l’ouvrage La guerre civile en France, 1958-1962 a été publié à La Fabrique.

Le baptême de la Vème république s’est fait sur fond de bruit et de fureur. Ce fut un temps de haine et de violence, marqué par une bipolarisation extrême et beaucoup de confusion. Entre le putsch du 13 mai 1958 et la fin de l’OAS en 1962, la France a connu l’époque probablement la plus agitée de l’après-guerre. Pour étudier ces brûlantes années, Grey Anderson a eu accès à des archives jusqu’alors inédites. Le résultat de ses recherches est un passionnant ouvrage, très documenté, qui apporte une vision extérieure, loin des querelles franco-françaises, sur cette période fondamentale de notre histoire récente.

La guerre civile en France, 1958-1962

Grey anderson

La fabrique éditions

304 p – 15 €

Le pays où la terre parle

Il y a la montagne si ancienne, presque oubliée. Il y a les lacs, la forêt et ce hêtre fantastique qui semble y régner, telle une divinité protectrice, un endroit trop grand pour les hommes. Joan Hossepont est le gardien de ces lieux magiques, sorte de moine-guerrier troubadour, comme l’était son ancêtre Guilhem. Plus bas l’océan, le port, la ville et son activité. L’équilibre délicat entre ce milieu si fragile et la civilisation est un jour violemment rompu, la forêt est profanée, la terre appelle Joan au secours. L’ancien soldat d’élite entre de nouveau en guerre, pour défendre ce pays étrange et fascinant.

Le temps est à l’orage est le cinquième roman de Jérôme Lafargue. Il raconte la bataille de la nature contre les excès de l’humanité, la cupidité et l’indifférence. C’est une superbe histoire de combat et de poésie, de violence et de rêve. Entre passé et présent, imaginaire et froide réalité, le temps s’accélère ou se suspend, au gré du récit. Le premier volet d’une série construite autour du personnage de Joan, que l’on espère longue.

Le temps est à l’orage

Jérôme Lafargue

Quidam éditeur

174 p – 18 €

Poussez-pas !

La poussette est une espèce invasive particulièrement présente dans les bus parisiens de la ligne 31. D’aspect massif, dotée d’un nombre incalculable de roues, cette forteresse ambulante écrase tout sur son passage. Elle aime les heures de pointe et les jours de pluie. Plutôt grégaire, elle recherche la présence de ses congénères. On y a parfois constaté la présence d’enfants, mais c’est totalement anecdotique.

Carton plainte

Il se passe parfois des choses étranges dans les rues du 18ème arrondissement. L’autre soir, rue Simart, rentrant de promenade avec ma chienne Vava, j’ai entendu une petite voix qui me disait : « M’sieu, m’sieu, emmenez-moi ! Je suis seul à crever et je sais où vous êtes. J’arrive attendez moi nous allons nous connaître. Préparez votre temps, pour vous j’ai tout le mien ». Je me suis arrêté un instant, prêt à répondre à cette requête incongrue. Heureusement, ma chienne est intervenue pour me rappeler que les cartons ne parlaient pas.

L’en nuit

Francis l’albertosaurus s’ennuie tout seul dans son marais. Parfois, tard dans la soirée, il quitte son marigot pour arpenter les rues de Paris, à la recherche d’une proie facile. Un chien, un chat, un enfant, peu importe, c’est moins la faim qui l’attire que le plaisir de la déambulation. Tout cela pour dire que les rues de la capitale ne sont pas toujours sûres la nuit.

Ailevage

La culture du pigeon en pot est un art ancestral pratiqué avec amour par les vénitiens. L’oiseau est devenu l’animal fétiche de la cité, bien plus que le lion avec un bouquin dont on ne sait même pas ce qui est écrit dedans. Au printemps, lorsque le pigeon arrive à maturité, il prend son envol et part retrouver ses congénères qui peuplent la place Saint-Marc, pour le plus grand bonheur des visiteurs passionnés de nature.

La légende des enfants-garous

Dans cette région de plateaux austères, certaines nuits, les gamins se transforment en créatures rouges et gigantesques. Tels de sanguinaires Monsieur Biscuit, ces enfants-garous errent à travers le Causse à la recherche de touristes innocents, pour se nourrir de leur chair. On raconte que cette mutation aurait été provoquée par une exposition des écoliers à de trop nombreuses réformes scolaires. Alors, amis de Nantes, de Paris ou d’ailleurs, si vous croisez ces étranges silhouettes, surtout ne vous arrêtez pas.