LES FANTÔMES D’UNE VILLE

De ma lucarne

Abandonnez les guides de voyage, oubliez internet et laissez vous entraîner par Henri Calet à travers les rues du Paris de l’après-guerre. De ma lucarne est un recueil de chroniques consacrées à la capitale, une douce promenade à travers la ville, dans le sillage de l’écrivain.

Le Paris que nous  fait découvrir Calet est à des milliers de kilomètres de la Ville Lumière et de ses clichés. C’est le Paris du dérisoire, de l’infime, du quotidien, une cité où il baigne comme un poisson dans l’eau et qu’il aime profondément : « Je connais cette ville par cœur ; je pourrais la démonter pierre par pierre et la reconstruire ailleurs ». Ici, pas de monuments somptueux, mais les marchés populaires, les queues devant les magasins, les musées oubliés (je vous conseille le musée de la Préfecture de Police, qui existe toujours) ou les cinémas de quartier. Pas de grands hommes, mais des commerçants plus ou moins honnêtes, un restaurateur philanthrope (merveilleux Roger la Grenouille), des commères ou des policier.

Les récits de Calet nous transportent dans un univers où le banal devient magie mais où le rêve peut se fracasser contre la cruauté de la réalité. La fête finit parfois mal. Pourtant, malgré le pathétique de certaines scènes, le regard du chroniqueur reste toujours indulgent, curieux, à hauteur d’homme. Les joies et les douleurs n’y sont pas hurlées, mais susurrées, presque en s’excusant. Le monde dont il nous parle est un monde en clair obscur, une photo sépia d’un Paris oublié, où errent les fantômes d’une ville pourtant éternelle. Cédez aux charmes mélancoliques de De ma lucarne et vous regarderez Paris avec un œil nouveau.

Laurent Gourlay

De ma lucarne

De Henri Calet

L’imaginaire – Gallimard

369 p – 9,90 €

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Ballons prisonniers

Débordements

Le monde du Football est avide de légendes et d’histoires édifiantes. Ses idoles sont les icônes de notre temps, portées aux nues par la presse, les institutions sportives et le pouvoir politique. Mais derrière cette image en trompe l’œil, se cache un univers d’une grande brutalité où d’énormes intérêts sont en jeux. Ils font des acteurs de ce sport (joueurs, dirigeants et autres) des pantins manipulés par des puissances qui les dépassent : « Les preuves commencent à affluer, faisant passer le football au second plan, laissant les joueurs à leur statut de pion sur un échiquier trop vaste pour eux ». Que peut un individu seul face à l’Etat, à la mafia ou au colossal pouvoir de l’argent ?

Débordements est un récit à trois, écrit par Olivier Villepreux et Samy Mouhoubi, journalistes, et Frédéric Bernard chiropracteur et parfait connaisseur du football italien. C’est une traversée du miroir, qui nous emmène en des lieux bien éloignés des projecteurs, à travers treize destins, des années 30 à aujourd’hui. Joueurs, dirigeants ou agents, ils ont tous connu la gloire, se sont approchés des sommets avant d’en être violemment éjectés. Comme le joueur autrichien Matthias Sindelar, victime du pouvoir Nazi par fidélité à ses idées, ou son double maléfique, l’ancien capitaine de l’équipe de France Alexandre Villaplana, membre de la Gestapo française fusillé à la libération.

Débordements vient opportunément nous rappeler que le football, sport roi, est un dieu capable, tel Cronos, de dévorer ses propres enfants lorsqu’il se sent menacé. C’est aussi, pour le meilleur et pour le pire, le pur produit de la société qui l’entoure. Une lecture captivante et salutaire en ces temps de fête du ballon rond.

Laurent Gourlay

Débordements

D’Olivier Villepreux, Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard

Anamosa

272 P – 17,50 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1715-1716 du 7-14 juillet 2016.