DELTA T, LA MUSIQUE A LIRE ET A REGARDER

delta-t-couv-2

Anamosa, jeune maison d’édition, a lancé en juin dernier Delta T, une revue trimestrielle consacrée à la musique. Ses partis pris : l’éclectisme, la qualité visuelle et rédactionnelle et la participation de ceux qui font et qui aiment la musique. Au vu des deux premières parutions, le résultat est à la hauteur des espérances affichées.

Dans le second numéro, sorti le 8 septembre, on retrouve notamment le chanteur belge Arno (Arno Hintjens), barde bluesy à la voix rocailleuse, qui nous confie de ses inquiétudes de « vieux schnock » pour la jeunesse européenne d’aujourd’hui. L’ethnologue José Dubreuil  raconte sa quête pour sauver de l’oubli les chansons et savoirs auvergnats portés par la tradition orale. Le bassiste Sylvain Daniel nous parle de son spectacle multimédia Palimpseste, consacré aux musiques de la ville de Detroit, aux USA, du label Motown (Diane Ross et les Supremes, Marvin Gaye ou Michael Jackson, entre autres) à la musique Techno. En tout cinq longs articles centrés sur cinq personnages aux histoires et aux univers musicaux différents.

Graphiquement, la revue fait preuve d’une grande créativité. Chaque article a sa propre esthétique cohérente, en lien étroit avec son contenu. Les illustrations abondantes, photos ou dessins, sont étroitement imbriquées dans les textes, formant, le long des pages, une suite de tableaux à regarder autant qu’à lire. Chacun des sujet baigne dans une atmosphère originale. Ainsi,  les dessins en noir et rouge, clins d’œil au personnage et à l’œuvre d’Arno, ponctuent joyeusement les inquiétudes du chanteur. Des photos anciennes, que l’on dirait tirées d’un vieil album de famille, apportent une note de nostalgie aux souvenirs de José Dubreuil. Grace à Delta T on retrouve le plaisir des vinyles 33 tours, où la pochette faisait partie intégrante de l’œuvre.

Laurent Gourlay

Delta T

Revue trimestrielle

Editée par Anamosa

Abonnement annuel 38 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1722 du 29 septembre 2016

Le site internet de Delta T

Publicités

IL N’Y A PLUS DE LEGENDES

jim-morrison-et-le-diable-boiteux

 

Si Jim Morrison et Gene Vincent s’étaient connus ? C’est le postulat du dernier roman de Michel Embareck Jim Morrison et le Diable Boiteux. Il imagine une histoire d’amitié entre le charismatique chanteur des Doors et le créateur de Be-Bop-A-Lula, portée par un projet commun de film. Jim Morrison était alors un chanteur au sommet de sa gloire, mais se serait voulu poète et cinéaste. Gene Vincent, au bout du rouleau, était à la poursuite de ses succès passés.

Grâce à son narrateur, Walker Simmons, un vieil animateur de radio passionné de musique, l’auteur nous entraîne de Los-Angeles à Paris, en passant par la vallée de la Loire, au rythme des errances titubantes et embrumées des deux musiciens. On y croise des icônes de la culture pop, comme John Lennon ou Elvis Presley, mais aussi des gendarmes de Langeais et un négociant en bétail ligérien. Pourtant ces légendes sont bien ternies et les rebelles sont devenus des produits comme les autres : « la légende raconte beaucoup de choses. La légende en oublie d’autres. Il n’y a pas de légende ».

Michel Embareck a longtemps travaillé au magazine musical Best. Il connait comme sa poche le rock et le blues américains, leurs petites et leurs grandes histoires. C’est un véritable conteur, qui manie les mots avec une verve et un plaisir évident et communicatif. On suit donc avec joie les odyssées brinquebalantes de ces personnages à la dérive, dessinés avec humour par l’écrivain. Mais la tendresse n’est jamais loin du rire et on sent chez notre auteur tout l’amour et le respect qu’il éprouve pour cette musique et ses héros. En prime, vous en saurez peut-être un peu plus sur un des secrets enfouis de l’histoire du rock : le mystère de la mort de Jim Morrison.

Laurent Gourlay

Jim Morrison et le diable boiteux

L’Archipel

224 p – 17 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1722 du 29 septembre 2016