C’était hier, il y a un siècle

1917

L’année 1917 est une année charnière dans l’histoire contemporaine. C’est entre autres celle de l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le premier conflit mondial, celle de la révolution bolchévique, mais aussi celle où ont été produits le premier film de jazz et le premier film d’animation. Elle marque l’agonie d’une société vieillissante, et la naissance d’une nouvelle ère empreinte de modernité et d’une terrifiante brutalité : « Un monde de progrès, mécanisé, technique, rationnel, déicide, hyperviolent ».

1917 L’année qui a changé le monde de Jean-Christophe Buisson est l’occasion de faire un point sur cette période cruciale. Présenté chronologiquement, jour par jour, ce luxueux éphéméride retrace aussi bien les hauts faits qui ont secoué la planète, que ses petits soubresauts comme ce 11 mai 1917 : « Grève de la couture en France à la suite de l’application de la semaine anglaise« . Chaque événement, commenté avec clarté et talent, est un récit autonome qui s’incorpore au grand roman de l’année 1917. Parallèlement au spectacle sans cesse en mouvement de ces jours qui défilent, l’auteur prend le temps de s’arrêter sur une vingtaine personnages qui seront, pour le meilleur ou pour le pire, les héros des décennies à venir. Ainsi peut-on croiser Marie Curie, Charlie Chaplin ou Adolf Hitler. Toute cette littérature s’appuie sur une imagerie extrêmement variée et abondante. Photos, affiches, tableaux… toutes les ressources iconographiques sont mises à contribution pour enrichir le récit historique.

Jean-Christophe Buisson est journaliste, spécialisé en histoire et directeur adjoint du Figaro Magazine. Il est l’auteur d’un dizaine d’œuvres. Son dernier ouvrage 1917 L’année qui a changé le monde est un fort bel objet, agréable à lire et à regarder et accessible à tous. Un plaisant mélange d’érudition et de divertissement.

1917 L’année qui a changé le monde

Jean-Christophe Buisson

Perrin

320 p – 24,90 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1777-1778 du 30 novembre – 7 décembre 2017

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Est-ce graff docteur ?

Tiens ils ont repeint

Le graffiti remonte à la plus haute antiquité. Dessin, peinture ou simple inscription murale, c’est une forme d’expression populaire, sauvage, essentiellement urbaine et fugitive. Yves Pagès, écrivain et éditeur (les éditions Verticales) est un passionné de ces mots écrits à la va-vite, qu’il note ou photographie depuis des années. Dans Tiens ils ont repeint !, il réunit 4.000 de ces aphorismes, recueillis de 1968 à nos jours, en France et partout dans le monde, soit une cinquantaine d’années de slogans politiques ou philosophiques, de poésie, d’humour et de messages personnels.

De cette juxtaposition des mots, certains brillants, d’autres plus maladroits, nait un bouillonnant cocktail de vie et de liberté, mêlant tous les sentiments possibles, de la colère à la joie. La magie du graffiti est qu’il n’impose que très peu de contraintes à ses auteurs, à part celles liées à leur imagination et à leur talent, et le sentiment d’urgence qui entoure souvent leur réalisation. Même l’erreur et l’approximation font partie intégrante du festival : « Sovons les fotes ». C’est l’immédiat qui domine ici, l’énergie, l’invention. On n’écrit pas pour la postérité mais pour le présent : sitôt écrit, sitôt effacé, mais déjà remplacé. Ainsi va la vie du Graffiti, brillante, éphémère et en perpétuel renouvellement. Le graffiti est partout dans la ville, la rue est son royaume. On peut pourtant passer devant sans le voir. Parfois, tout à coup, il agresse ou interroge, d’autres fois il émeut ou fait rire. Le minutieux travail d’Yves Pagès permet de garder intact la magie de cet art fugace. Illustré par des photos de l’auteur, et bénéficiant d’une mise en page élégante et ludique, Tiens ils ont repeint ! est une réjouissante déambulation à travers le temps et les mots.

Tiens ils ont repeint !

Yves Pagès

La découverte

216 p – 19 €

Le chirurgien-dentiste n° 1780-1781 du 21-28 décembre 2017

Les pensées d’Hervé

(Amnésiques n'ont rien vécus d'inoubliable..pdf)

Hervé le Tellier pense souvent. Il pense beaucoup. Il pense tellement qu’il en a fait un livre. Ca s’appelle Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable, si je me souviens bien. Un recueil de 1000 « pensées »  qui sont autant de réponses essentielles à la question primordiale, la seule importante : « A quoi tu penses ? ». Et des réponses, il n’en manque pas : des ironiques, des cyniques, des poétiques, des mélancoliques, des métaphysiques ou des dérisoires. Un véritable catalogue Manufrance de l’aphorisme, un couteau suisse de la réflexion, qui permettra à n’importe qui de briller dans les soirées mondaines ou sur les réseaux sociaux. Tout y passe, la religion, la littérature, Jean-Baptiste Botul, les femmes, les fourmis, et même Thomas Moore qui n’a pourtant rien demandé. Jusqu’à l’auteur lui-même, qui se met en scène dans une réjouissante autodérision.

Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable a été publié en 1997. Les éditions Le Castor Astral ont eu l’heureuse idée de rééditer l’ouvrage dans une version légèrement remaniée par l’écrivain. C’est l’occasion de plonger ou de replonger avec délice dans ce joyeux recueil de philosophie absurde du quotidien. Grâce à Hervé Le Tellier vous connaîtrez enfin les réponses aux interrogations que n’avez jamais eues. Vous partagerez ses pensées les plus inavouées, moitié hilare, moitié honteux, en vous rendant compte qu’elles sont parfois les vôtres. Vous retrouverez, en riant, ces petits moments embarrassants ou vexants que vous avez mille fois vécus. Un incontournable manuel de morale oulipienne et de savoir rire.

Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable

Hervé Le Tellier

Le Castor Astral

208 p – 9,90 €

Le chirurgien-dentiste n° 1784-1785 du 25 janvier – 1er février 2018

Tous les arts sont dans la nature (2)

Magiciennes de la terre

Toujours chez Ulmer, Virginie Luc propose d’aller à la rencontre de femmes artistes travaillant sur le thème de la nature elle-même et de leur œuvre, dans un album intitulé Les magiciennes de la terre. Ici la magie ne naît pas tant de cette matière première aux possibilités pourtant infinies, que du regard qu’y porte chacune de ces créatrices. Tour à tour sujet ou matériau, la nature est au cœur de leur réflexion. Des constructions de pierres ou de bois de l’allemande Cornelia Konrads, qui paraissent se dissoudre dans le paysage qui les entourent, en passant par les sculptures sur carton et les dessins de la française Eva Jospin, autour du thème foisonnant de la forêt, ce sont dix-sept magiciennes dont les créations envoûtent, inquiètent ou font rêver. Virginie Luc est journaliste et essayiste, réalisatrice de grands reportages publiés dans la presse internationale. À travers la vision de ces artiste de la Terre, elle pose avec subtilité la question du rapport ambigu qu’entretient l’humanité avec la nature.

Les magiciennes de la terre

Virginie Luc

Ulmer

160 p – 35 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1777-1778 du 30 novembre – 7 décembre 2017

 

Tous les arts sont dans la nature (1)

Succulentes

Les succulentes sont des plantes grasses gorgées de suc, comme les agaves ou les cactus, qui poussent dans les milieux les plus arides. A force de vivre dans les conditions les plus extrêmes, chaque famille de plante a développé ses propres stratégies pour survivre et se reproduire. Il en résulte une grande variété de formes, aux contours et aux couleurs multiples et souvent d’une grande beauté. Thomas Balaÿ, diplômé d’agronomie et photographe, est parti en quête de ces étranges végétaux. Dans Succulentes – Le design végétal, aux éditions Ulmer, il en présente soixante quinze portraits, accompagnés de textes de Frédéric Pautz, directeur des Jardins Botaniques de Nancy. C’est un ouvrage aux images superbes, oniriques, parfois à la limite de l’abstraction, où chaque plante devient une œuvre d’art à part entière.

Succulentes / Le Design végétal

Thomas Balaÿ – Frédéric Pautz

Ulmer

128 p 30 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1777-1778 du 30 novembre – 7 décembre 2017

 

Vialatte ultra light

Etrangers à Paris

Il faut lire Alexandre Vialatte. Ses livres devraient être remboursés par la sécurité sociale et par l’Académie Française. Lorsque parait, il y a quelques semaines, un nouvel inédit de l’auteur de Battling le ténébreux, intitulé Etrangers de Paris, l’amateur transi se jette frénétiquement sur sa boite mail pour en commander un exemplaire. Quand, au bureau, la jeune femme de l’accueil lui annonce, d’une voix pleine de promesses, qu’un nouveau livre est arrivé, il dévale approximativement l’escalier, se saisit fébrilement du plis, l’ouvre en tremblant et, surpris, marque un temps d’arrêt.

Selon le dictionnaire Larousse, le livre se définit comme un « Assemblage de feuilles portant un texte, réunies en un volume relié ou broché ». Certes, si on s’en tient à cette définition, c’est bien un livre que le fan impatient tient entre les mains. Le nom de Vialatte figure sur la couverture, sur la quatrième de couverture, et se retrouve à plusieurs reprises dans le corps de l’ouvrage. Il peut donc en déduire sans prendre trop de risques qu’il s’agit là d’un livre de son idole. D’ailleurs, la lecture de ces chroniques, parues dans le Figaro en 1932, ne lui laisse aucun doute sur l’auteur, il reconnait bien le style de l’écrivain, si élégant et fluide, tout en ironie délicate.

Mais voilà, même si un nouvel ouvrage d’Alexandre Vialatte est une présomption presque irréfragable de plaisir, quand il ne compte que 64 pages, dont seulement 21 de chroniques, et le tout pour 10 €, on peut être déçu. Dix euros pour 21 pages de Vialatte, cela fait le roman Battling le Ténébreux chez Gallimard à  plus de 250 € le volume et les deux tomes des Chroniques de la Montagne, dans la collection Bouquins de chez Robert Laffont à près de 900 €. Alors certes, tout comme l’éléphant, Alexandre Vialatte est irréfutable, mais est-ce une raison pour le rendre inabordable ?

Etrangers de Paris

Alexandre Vialatte

Le Bateau Ivre

66 p – 10 €