Trois femmes

Cantique de l'acacia

Grace, Io-Anna et Joyce sont trois femmes d’Afrique, trois générations, trois combattantes dressées contre la fatalité, l’ordre établi et le patriarcat. Grace, la grand-mère, fuyant la machine à broyer matrimoniale. Io-Anna, sa belle fille, celle qui a renié un père figé dans les lois de la famille, du clan, les lois de l’honneur qui tue les enfants trop libres. Et Joyce, gamine sans passé, trouvée et adoptée par Io-Anna, échappée des massacres. Entre elles, les liens du cœur, plus fort que ceux du sang. Cantique de l’acacia, cinquième roman de Kossi Efoui, est le très beau récit des destins étroitement entremêlés de ces trois héroïnes hors du commun.

Portée par une écriture riche, fluide et poétique, Cantique de l’acacia est une œuvre intense et foisonnante, aux mille visages. C’est un livre qui parle bien sûr des femmes , mais aussi des hommes, du temps qui passe, celui du quotidien et celui de la grande histoire,  de l’enfant qui naît et de celui qui se refuse à naître, de la transmission et de l’oubli, du verbe et du silence. C’est encore un hymne universel à la révolte et à la ténacité, un chant d’espoir pour celles et ceux que le courage de vivre ne rebute pas. Comme le dit Io-Anna à sa belle-mère  : « Confiance est le chemin de ce qui échappe au malheur« .

Kossi Efoui est un écrivain togolais qui vit et travaille en France. Outre ses cinq romans, il est aussi l’auteur de plusieurs pièces de théâtre. Son dernier opus, Cantique de l’acacia est un conte venu du sud, empreint de magie et de cruauté, dont il faut savoir savourer les mots sans retenue.

Kossi Efoui

Cantique de l’acacia

Seuil

288 p- 18 €

Le chirurgien-dentiste n° 1784-1785 du 25 janvier – 1er février 2018

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La forêt inachevée

Forêt millénaire

Wataru, un enfant de Tokyo, est recueilli par ses grands-parents dans un bourg isolé des montagnes, après le divorce de ses parents et la maladie de sa mère. Un peu perdu, confronté à un univers qui lui est complètement étranger, il va découvrir la vieille forêt qui entoure le village et petit à petit apprivoiser cet étrange et sauvage environnement.

La Forêt millénaire est l’ultime création d’un des plus grands artistes du manga japonais, Jirô Taniguchi. Conçue spécifiquement pour un éditeur français, sa réalisation a malheureusement été définitivement interrompue par le décès de l’auteur. A la vue de ce très bel ouvrage, dont quatre autre tomes étaient prévus, on peut mesurer l’ampleur de la tâche envisagée.

La Forêt millénaire est donc un récit inachevé. Cela qui pourrait paraître quelque peu frustrant. Pourtant le livre de Taniguchi est un magnifique objet de lecture, grâce au travail des éditions Rue de Sèvre. Une histoire pleine de silences, souvent méditatifs, à l’image de Wataru, son mélancolique héros. L’enfant se retrouve confronté à une nature puissante, mystérieuse, ancienne et bienveillante, qui l’accueille et le guide, lui donnant le courage de se surpasser. Le texte est minimal, ce sont les images qui parlent : des dessins d’une beauté à couper le souffle, aux délicates couleurs d’aquarelle ou le vert prédomine. Cette ébauche de conte écologique et fantastique est complétée par un passionnant dossier sur la genèse de ce projet qui tenait particulièrement à cœur au dessinateur. En bonus l’ouvrage propose des extraits des carnets de l’artiste, comme une plongée dans son intimité. Une très belle approche de l’œuvre de Jirô Taniguchi, pour ceux qui ne le connaissent pas, un ouvrage indispensable pour ses fans.

La forêt millénaire

Jirô Taniguchi

Rue de Sèvre

72 p – 18 €

Le chirurgien-dentiste n° 1784-1785 du 25 janvier – 1er février 2018

Invitation aux voyages

Voyages avec Rimbaud, Kipling, Baffo

Décédé en 1994, l’Italien Hugo Pratt, créateur du personnage de Corto Maltese, est un des maitres de la bande dessinée moderne. Il a contribué à sortir cette forme d’expression du ghetto de la littérature jeunesse pour en faire un art adulte. Il a consacré les dernières années de sa vie à regrouper et illustrer, en trois volumes, des textes rares d’Arthur Rimbaud, de Rudyard Kipling et de Giorgio Baffo. Les éditions Le Tripode ont rassemblé pour la première foi ces recueils, présentés par Dominique Petitfaux, un des meilleurs spécialistes du dessinateur.

D’Arthur Rimbaud, le dessinateur a choisi les Lettres d’Afrique, ensemble de correspondances du poète écrites d’Ethiopie, pays où il était partit vivre, à la recherche d’un ailleurs. Poèmes de Rudyard Kipling, le grand écrivain britannique, évoque la vie de soldats britannique lors les conflits coloniaux. Quant aux Sonnets érotiques de Giorgio Baffo, philosophe libertin et écrivain vénitien majeur du XVIIIème siècle, il n’est pas besoin d’en préciser le sujet.

En illustrant ces trois auteurs, aux univers à priori fort différents, Hugo Pratt dessine en creux  son autoportrait. Il aborde des thèmes qui lui tiennent à cœur et qui parcourent  toute son œuvre : l’aventure, la guerre, les femmes. Ethiopienne hautaine, lancier Sikh, danseuse indienne ou femme nue endormie, c’est surtout à l’humain qu’il s’intéresse dans ces subtiles esquisses. On y retrouve le style inimitable de l’artiste, au trait épuré  ici rehaussé des teintes chaudes et légères de l’aquarelle. Les trois volumes de Voyages avec Rimbaud, Kipling et Baffo offrent ainsi une invitation à des voyages oniriques aux couleurs pastel.

Voyages avec Rimbaud, Kipling et Baffo

Coffret en 3 volumes

Hugo Pratt

Le Tripode

64 p, 152 p et 80 p – 45 €

Le chirurgien-dentiste n° 1780-1781 du 21-28 décembre 2017

Magnum force

Magnum Manifeste

L’agence de photographie Magnum est entrée depuis longtemps dans la légende du photojournalisme. Fondée en 1947 par plusieurs grands photographes, dont Henry Cartier-Bresson et Robert Capa, elle a su traverser les crises et s’adapter à l’évolution de la photographie et du journalisme. Elle reste, 70 ans après, une des références de la profession. Magnum Manifeste, dirigé par Clément Chéroux, conservateur en chef pour la photographie au Musée d’Art Moderne de San Francisco, en collaboration avec Clara Bouveresse, historienne d’art, est un bel hommage à cette vieille dame pleine de vie et en perpétuel évolution.

Pourtant qui-a-t-il de commun entre le Magnum des débuts, idée généreuse née des ruines et des champs de batailles de la première guerre mondiale, et l’agence d’aujourd’hui ? Un certain esprit de liberté et d’indépendance, sûrement, une capacité à se renouveler, très certainement aussi, pour survivre aux nombreux défis économiques et technologiques, comme l’apparition du numérique, qui ont jalonné son histoire.

C’est toute la richesse de l’album Magnum Manifeste que de faire la synthèse des différentes époques de cette véritable institution. Construit en trois parties « L’utopie universaliste » (1947-1968), « L’inventaire des différences » (1969-1989) et « Des histoires de fins » (1970-2017), l’album offre plus de 400 documents photographiques, allant du pur reportage à des travaux beaucoup plus personnels, de nombreux témoignages et documents divers. Cette abondance témoigne de la vitalité, de la richesse et de la variété d’inspiration de l’agence Magnum et de tous ceux qui ont tissé, chacun leur tour, le fil de son histoire. C’est la passionnante démonstration qu’une utopie peut survivre à ses créateurs et traverser l’histoire.

Magnum Manifeste

Sous la direction de clément Chéroux, en collaboration avec Clara Bouveresse

Actes Sud

420 p – 49 €

Le chirurgien-dentiste n° 1780-1781 du 21-28 décembre 2017

Delta T le retour

Delta T

L’excellente revue Delta T est de retour chez tous les bons libraires avec un cinquième numéro. Pour l’occasion, le périodique musical a ressorti sa vieille DeLorean du garage et propose un voyage dans le temps et dans l’espace, à la recherche de l’esprit des Trans Musicales de Rennes. A travers les regards croisés de quelques témoins et aficionados (Pierre Mikaïloff, Stéphane Grangier…) le magazine fait revivre les riches heures de ces rencontres, dont la première édition s’est déroulée en 1979 et qui ont été un des viviers de la scène rock et pop française.

Mais heureusement, Delta T s’intéresse aussi au présent, en donnant la parole à des acteurs du monde de la musique et des arts voisins. Comme Stéphane Paut, membre du groupe Alcest, quasi inconnu en France mais au succès intercontinental. Ou Pascal Bouaziz, du Groupe Mendelson, pour un journal de campagne (électorale) cruel, lucide et réjouissant.

Comme toujours, Delta T, au delà de la qualité des articles proposés, est aussi un très bel objet, superbement illustré, à lire et à contempler.

Delta T

Revue du musique

Editée par Anamosa

Abonnement pour 4 numéros 38 €