Trésors cachés

 

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La Maison Dagoit est une caverne aux merveilles tapie quelque part dans les rues de Rouen. A l’intérieur, s’y cache une foule de trésors consacrés à la cause littéraire, pour la plupart conçus et fabriqués à la main par Marie-Laure Dagoit. Livres à tirage limité, carnets, boites et coffrets… on trouve de tout ou presque dans cette antre où se mélangent des parfums de poésie, d’érotisme et d’humour. Vous pouvez même opter pour un abonnement à vie. C’est simple, il suffit d’aller sur le site de la Maison Dagoit et de choisir.

Quant à la dame, elle semble être un joli fantôme doté de mille vies. On raconte qu’elle aurait été la muse de François Villon, qu’elle aurait connu Rimbaud et côtoyé Daniel Darc. Mais il ne sert à rien de démêler le faux du vrai, il ne faut garder que le rêve.

Maison Dagoit

https://www.maisondagoit.com/

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Dire comme faire

Seule la nuit tombe dans ses bras

Herbert et Coline se sont aimés. Enfin peut-être. En fait, ils ne se connaissent pas, ou plutôt ils ne se sont jamais croisés. Ils vivent à plusieurs centaines de kilomètres l’un de l’autre et ont chacun une vie bien rangée, un conjoint, des enfants, un poste d’enseignant. Cette passion est le fruit d’une rencontre virtuelle, d’un croisement fortuit sur la toile, qui se transforme en une correspondance de plus en plus tendre, de plus en plus crue. Pourtant, comment aimer sans se rencontrer ? Suffit-il de dire les choses, de les écrire, pour qu’elles existent ?

Le dernier ouvrage de Philippe Annocque est une sorte de roman épistolaire des temps moderne, où le clavier et Messenger remplacent l’encre et le papier. Mais ici l’écriture est éphémère, le message volatile, soluble dans l’oubli : aussitôt rédigé, aussitôt envoyé, aussitôt effacé. Alors, quand la relation se dilue, l’incertitude puis les regrets envahissent Herbert, le narrateur. Comment cette histoire d’amour, bâtie sur l’absence, sur le vide, peut-elle lui faire aussi mal lorsqu’elle commence à lui échapper ? D’ailleurs, Coline l’a-t-elle vraiment aimé ? Et l’a-t-il vraiment aimé ?

Seule la nuit tombe dans ses bras est le récit ironique et émouvant d’une liaison en équilibre instable entre réalité et fantasme. L’auteur y parle avec talent de l’illusion, des sentiments, de l’absence, de la littérature, du rêve, du quotidien, de sexe aussi, et de tant d’autres choses. Faux roman érotique mais réel plaisir de lecture, un livre à acheter dans la vrai vie.

Seule la nuit tombe dans ses bras

Philippe Annocque

Quidam éditeur

148 p – 16 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1813 du 27 septembre 2018

 

Pour le théâtre Astral

Astral le Parisien

Le Théâtre Astral est un petit théâtre planté au milieu du Parc Floral, dans le bois de Vincennes. Aucun metteur en scène prestigieux n’y a jamais officié. Nul grand nom n’y a déclamé les textes du répertoire classique. Aucun artiste d’avant garde n’y a défrayé la chronique. On raconte même que ni Patrice Chéreau, ni Olivier Py n’y auraient travaillé. Pas le moindre triomphe à l’horizon, pas la moindre polémique.

Modestement mais vaillamment, le Théâtre Astral continue depuis 42 ans de recevoir des enfants de 3 à 8 ans. Il a permis à des générations de gamins de découvrir la magie du spectacle vivant : théâtre, marionnettes, magiciens… Il leur a apporté du rire, du rêve et a fait briller des milliers d’yeux. Peut-être a-t-il été à l’origine de plusieurs vocations ?

Aujourd’hui le Théâtre Astral se porte mal, sa survie est en jeux. Les attentats de 2015 et le plan Vigipirate sont passés par là, tarissant le flot des sorties scolaires, périscolaires et leurs lots de jeunes spectateurs. Malgré les efforts des collaborateurs et des membres de l’association, dont je fais partie, la fermeture menace.

Si vous voulez aider l’association, c’est encore possible. Vous pouvez y adhérer via le lien qui suit :

https://www.helloasso.com/associations/theatre-astral/adhesions/formulaire-d-adhesion-au-theatre-astral

Même sans adhérer, vous pouvez faire lui un don :

https://www.helloasso.com/associations/theatre-astral/formulaires/1

Merci

Monstres et compagnie

Moi ce que j'aime, c'est les monstres

Il y a des livres qui vous happent et ne vous lâchent plus, même après les avoir refermés. Ce sont des objets rares, précieux. Moi ce que j’aime, c’est les monstres, roman graphique d’Emil Ferris, appartient à cette catégorie. L’ouvrage se présente comme le journal intime de Karen Reyes, une enfant latino à l’âme d’artiste de 10 ans, dans le Chicago des années 60. Confrontée à la mort violente de sa belle voisine Anka Silverberg (suicide, meurtre ?), aux moqueries des enfants de son âge, à la maladie, à la dureté des adultes, Karen s’invente un monde peuplé de créatures effrayantes où elle trouve refuge quand tout va mal.

Moi ce que j’aime, c’est les monstres parle du poids du passé, de la différence, de la solitude, de la violence, de l’enfance et la peur de grandir. Mais aussi de la découverte, de l’art, de l’amour, de la liberté. C’est une œuvre d’une incroyable richesse, dans le dessin comme dans la narration. Un récit dense, sombre et lumineux à la fois, plein d’émotion, où les vrais monstres ne sont pas toujours ceux que l’on imagine. Le graphisme puissant, expressionniste, tracé uniquement au stylo bille, évoque Robert Crumb, un des très grands de la bande dessinée américaine. Textes et images s’imbriquent subtilement, formant un tout indissociable.

Le livre d’Emil Ferris est son premier, publié en 2017 aux Etats-Unis à plus de 50 ans passés, après six années d’un travail acharné, une multitude de refus d’éditeurs et d’autres avanies. Il aurait été plus que dommage que ce chef-d’œuvre reste dans les tiroirs de sa créatrice. Les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont eu l’excellente idée d’en publier le premier tome pour la rentrée. Vivement la suite.

Moi ce que j’aime, c’est les monstres

Emil Ferris

Monsieur Toussaint Louverture

416 p – 30,90 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1813 du 27 septembre 2018