Le petit Vialatte illustré

L’œuvre d’Alexandre Vialatte devrait être reconnue d’utilité publique, ses livres remboursés par la sécurité sociale et par l’Académie Française. Auteur de romans aussi indispensables que Battling le ténébreux ou Les Fruits du Congo, il a aussi traduit et fait connaitre Kafka en France. Mais se sont surtout ses chroniques, publiées notamment par le quotidien de Clermont-Ferrand La Montagne, qui lui ont valu une certaine notoriété.

Vialatte est un enchanteur, un artiste du dérisoire et du futile à qui il confère grandeur et beauté. C’est un observateur lucide et sans illusion de l’être humain. A ses yeux, le papillon et l’escargot sont aussi importants que le notaire ou le sous-préfet. Il nous parle de la jeunesse qui s’enfuit, de la vanité des hommes, de la magie d’une nuit d’été, de Jane Russell, de la cuisson du homard et de tant d’autres choses toutes aussi fondamentales. Chacune de ses chronique est un instant de bonheur, à l’ironie délicate, teintée de nostalgie. L’écriture est élégante et fluide, chaque mot, chaque phrase se déguste avec gourmandise, comme un mets précieux et rare.

Alain Allemand a eu la très bonne idée de sélectionner certains des textes issus de ces chroniques et de les illustrer avec talent. Le recueil s’appelle Promenons nous dans Vialatte, il est publié chez Julliard. Il nous rappelle combien l’écrivain est nécessaire,combien son humanité fait du bien, combien son humour soulage. Il faut foncer chez son libraire pour ne pas laisser passer une telle occasion.

Alexandre Vialatte

Promenons-nous dans Vialatte

Textes sélectionnés et illustrés par Alain Allemand

Julliard

272p – 19 €

À plus d’un titre

Le tout va bien 2018

Le titre de presse est un art injustement méconnu. Mélange subtil de concision, de précision et de synthèse, il peut aussi laisser place à l’imagination et à la fantaisie. Dans les pays Anglo-saxons c’est une véritable culture. En France certains journaux le pratiquent avec talent, comme Libération ou Le Canard enchaîné. Mais trop souvent, il est négligé, voire bâclé. Pourtant, cette littérature de l’éphémère regorge de trésors cachés, de pépites discrètes, pour qui veut s’y intéresser.

Bien sûr, tout le monde n’a pas le temps de se livrer à une revue de presse exhaustive. C’est pourquoi Le Tripode a envoyé deux de ses plus brillants éléments, Adrien Gingold et Frédéric Martin, à la chasse à l’accroche qui tue. N’écoutant que leur courage, n’hésitant pas à payer de leur personne, à travers la jungle journalistique, dans les marigots des faits divers, ils ont traqué d’un œil impitoyable le raccourci hâtif, l’exagération grandiloquente et l’ellipse virtuose.

Le résultat de cette quête, Le tout va bien 2018, est une compilation hilarante des titres les plus beaux, les plus absurdes, les plus poétiques publiés par la presse francophone au cours des derniers mois. C’est une ode au laconisme sublime, au résumé ébouriffant, au si peu qui en dit tellement. Dans cette étrange exposition de poésie farfelue, les réalités les plus graves comme les plus dérisoires, réduites à quelques mots, deviennent des fictions pleines de magie, de rires et de rêves. Un contrepoison nécessaire et salutaire au flot trop continu de l’information.

Le tout va bien 2018
Adrien Gingold et Frédéric Martin
Le Tripode
136 p – 9 €

Flamboyantes

Sans titre-1

Les femmes à la chevelure rousse laissent rarement indifférent. Objet de moqueries, de craintes, de fantasmes, elles sont depuis toujours victimes de préjugés. La sorcière, la prostituée, la muse… les clichés qui leur sont associés leur collent à la peau, qu’elles sont supposées avoir de lait, bien entendu. Même si les roux ne représentent que 1,5 % de la population mondiale, leur différence dérange. Dans Rousses ! Edith Pauly décrypte ce phénomène ambivalent en s’attachant à l’image des rousses à travers l’histoire, les arts, les mythologies anciennes et modernes.De la Lilith de la tradition hébraïque, démon aux cheveux de feu, à Mylène Farmer, fausse rousse mais vraie icône, le panorama est large et extrêmement varié. La peinture, la littérature, le cinéma, la télévision, la publicité, la religion… tous les supports sont passés en revue. Avec talent et curiosité, Edith Pauly nous parle de ces héroïnes, reines, putains, aventurières, monstres ou victimes, qui ont toutes en commun une crinière fauve. A l’appui de ces histoires, l’iconographie est riche, variée et la peinture y tient une place de choix. Botticelli, Manet, Klimt et tant d’autres, l’abondance des illustrations prouve l’attraction qu’exercent ces flamboyantes sur l’imaginaire des artistes.

Edith Pauly est journaliste et auteure. Elle s’intéresse particulièrement aux sujets de société et à l’art. Avec Rousses ! elle propose une balade plaisante, œcuménique et érudite à travers les siècles, à la rencontre de femmes remarquables. Heureusement, les rousses, elles non plus, ne comptent pas pour des prunes.

Rousses !

Edith Pauly

Editions Quai des Brunes

128 p – 21 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1820 du 15 novembre 2018