La femme derrière la photo

Quand on parle de grands photographes, on pense souvent à Henri Cartier-Bresson, Raymond Depardon ou Robert Doisneau, plus rarement à Gerda Taro. Pourtant, celle qui fut la compagne de Robert Capa a marqué l’histoire de la photographie, malgré une carrière trop courte. Mais comme souvent l’homme a éclipsé la femme. Serge Mestre a voulu remettre en lumière le destin fulgurant de cette figure du photojournalisme, de sa jeunesse juive dans l’Allemagne Hitlérienne des années 30 à son décès accidentel à 27 ans, écrasée par un char de l’armée républicaine espagnole. Réfugiée à Paris, elle y apprend la photo sous la houlette de Capa. De l’autre côté des Pyrénées, la guerre civile fait rage. Gerda Taro va rapidement prendre fait et cause pour les forces antifranquistes et témoigner autant qu’elle le peut, par l’image, du combat de cette Espagne qui résiste. Au point d’y laisser la vie. Avec Regarder, Serge Mestre s’attache aux pas de son héroïne. Il dresse un portrait émouvant et plein de vie de la photographe, celui d’une femme libre, forte et engagée.

Regarder

Serge Mestre

Sabine Wespieser

19 € – 224 p

Bandes débinées

Pixel Vengeur est un mal élevé, Pixel Vengeur est un insolent, Pixel Vengeur est un malfaisant ! Pire que cela, il a créé Black et Mortamère, deux anti-héros paresseux et bagarreurs dont la seule occupation connue est de répandre la terreur et le désordre dans le joli monde de la BD. Ce sont deux espèces de petits caïds de banlieue qui s’incrustent dans l’univers des plus grands créateurs comme pour mieux les débiner.

Dans Black et Mortamère, l’intégrale de sa mère, le dessinateur s’attaque à des monstres sacrés tels que Edgar P Jacobs, Moebius ou Drouillet, détournant brillamment leurs styles et leurs codes dans une série de courtes histoires dessinées. Evidemment, son duo de bras cassés sème la pagaille, dézingue à tout-va ces icônes du 9ème art. Même les super-héros de Marvel Comics, la mythique maison d’édition américaine, ne font pas le poids face à nos deux zigotos. L’album de Pixel Vengeur est une parodie talentueuse et hilarante, un hommage même pas déguisé aux artistes qui l’ont fait rêver.

Black et Mortamère, l’intégrale de sa mère

Pixel Vengeur

Editions Rouquemoute

264 p 34 €

Et pour se faire une idée, vous pouvez en consulter des extraits sur le site des éditions Rouquemoute

Sombre printemps

Deux enfants des beaux quartiers qui disparaissent sans raison apparente, une série de viols qui laissent les victimes sans mémoire, un meurtre semblable à un sacrifice rituel, la police judiciaire de Rennes est sur les dents en cette fin de printemps. Les lieutenants Laure Jouan et Martial Hart essayent de rassembler les morceaux éparpillés de ces sombres puzzles, mais les indices sont fragiles, leurs enquêtes erratiques.

Quelques jours dans la vie des deux flics, leurs tracas, leurs rêves et leurs regrets. Autour d’eux, des gens se croisent, se rapprochent ou s’affrontent. Vilaine blessure est un polar ancré dans la réalité, celle d’une société moderne qui morcelle, isole et broie. Les personnages sont fouillés, avec leurs doutes et leurs imperfections, l’intrigue est complexe, captivante. Franck Darcel est un des fondateurs de Marquis de Sade, groupe légendaire de la scène rock française. Vilaine Blessure est son quatrième roman, un récit noir et moderne à la mécanique excitante.

Vilaine blessure

Franck Darcel

Le Temps Éditeur

582 p 19 €

Le doux parfum du camphre

Il fut un temps, pas si lointain, où le rugby n’était pas encore un sport professionnel. À cette époque, les termes de musculation et de diététique étaient des gros mots. Pendant un match, personne ne s’amusait à compter les mètres parcourus ou les franchissements, tout au plus les points de suture gagnés au combat, comme autant de médailles.

Il fut un temps, pas si lointain, où l’équipe de France faisait rêver. C’était les années 80. Les stars s’appelaient alors Jean-Pierre Rives, Serge Blanco ou Jérôme Gallion.  Les héros de l’ombre, les « gros », avaient pour nom Jean-François Imbernon, Jean-Pierre Garuet ou Philippe Dintrans. C’était l’âge d’or du rugby français et le « french flair » n’y a probablement jamais si bien porté son nom.

David Beresford est Anglais mais ce n’est pas de sa faute. Il aime les bons vins, la gastronomie et le rugby hexagonal, il lui sera donc beaucoup pardonné. Avec Frères d’armes, il a voulu rendre hommage à quelques-uns des joueurs qui ont participé à cette épopée. Il est parti à leur recherche, un par un, tel un pèlerin humble et curieux en terre d’Ovalie. Le résultat de cette quête : 32 magnifiques portraits où Il y est question d’amitié, d’affrontement, de courses, d’ivresses et de fêtes. Et de regrets parfois, car la légende a aussi ses cotés sombres. Un album superbement illustré, notamment par le photographe Pierre Carton, au doux parfum de camphre, d’anis et d’herbe piétinée. Un livre beau comme des oreilles de pilier ou une passe de trois-quarts centre.

Frères d’armes

David Beresford

Hugo Sport

256 p 29,95 €.