Domination

Au nord du Québec les habitants de la petite ville de Roberval traînent leur ennui au bord du lac Saint-Jean. Une société de soumission où le quotidien pèse et anesthésie comme la neige engourdit. Dans cette région austère, l’avenir se dessine en gris terne. A la scierie, un des principaux employeurs du coin, les salariés sont en grève et le conflit social s’éternise et se durcit. Parmi les grévistes, il y a Querelle beau et hédoniste colosse venu de Montréal et Jézabel la rebelle. Deux âmes libres et solaires coincées dans une société engoncée dans ses tristes conventions. Mais que valent ces individus de peu, ouvriers méprisés, indigènes déclassés, face à la logique du profit pur, celle de la réduction des coûts et de l’ubérisation en marche ? Dans un affrontement de plus en plus tendu, tous les coups sont permis contre les grévistes. Pendant ce temps les autorités regardent ailleurs. A la brutalité des rapports de domination, imposée par les pouvoirs économiques et politiques, répond alors la colère de ceux qui n’ont plus ni parole ni espoir. Une lutte inexorable s’engage, âpre et frontale, qui ne peut se terminer que par un drame.

Kevin Lambert est un jeune écrivain québécois et Querelle est son deuxième ouvrage. C’est une tragédie sociale et érotique, entre Zola et Jean Genet, qui empoigne, trouble et secoue. Un récit puissant et cru, à l’écriture ironique, violente et sensuelle. Un roman que l’on prend comme une claque et que l’on referme groggy, abasourdi.

Querelle

Kevin Lambert

Le nouvel Attila

256 p – 18 €

Paris comme un rêve

Paris a mille visages. Hôtels particuliers, anciens ateliers, immeubles modernes ou haussmanniens, habitat bourgeois ou populaire, autant d’apparitions, autant de découvertes. L’agglomération est riche de ses différences et de ses contradictions. Mais il faut savoir la regarder, la flairer pour mieux la voir vivre. Le nez en l’air, l’œil aux aguets et le soulier vaillant, il faut la parcourir d’est en ouest, du nord au sud, en prenant son temps.

Stéphane Drillon a déambulé dans les rues parisiennes pour y croquer la ville comme il la ressent, au grès de ses envies. Ses dessins d’immeubles, précis et colorés, rencontres de hasard, sont de vraies merveilles. L’errance dans la cité vécue comme un rêve, entre la Venise de Jirô Taniguchi et les cités obscures de François Schuiten et Benoît Peeters. Les bâtiments deviennent d’étranges vaisseaux fantôme, presque désincarnés et pourtant si réels. Ils sont regroupés dans Ce qu’on ne voit pas, Paris, accompagnés des doux mots de Sigolène Vinson et ses instantanés de poésie, dans un superbe hommage à la capitale.

Ce qu’on ne voit pas, Paris

Stéphane Drillon et Sigolène Vinson

176 p – 25 €

Le Tripode

La guerre des Z toiles

Imaginez que les bonnes fées aient oublié de se pencher sur le berceau de George Lucas, le cinéaste américain. Imaginez que, au lieu de croiser les routes de Francis Ford Coppola et de Stephen Spielberg, Lucas soit malheureusement tombé sur Dany Delfonso, improbable producteur de films de science-fiction de série Z. Imaginez que ledit producteur, au bord de la faillite, décide de pervertir le scénario de Star Wars pour en faire un long-métrage X bas de gamme. Tel est le postulat de Star Fixion, album dessiné par Obion, coécrit par Obion et Bernstein et publié chez Fluide Glacial.

Entre les mains d’Obion et de Bernstein, la success-story hollywoodienne se transforme en une aventure erratique et hilarante, truffée de jeux de mots et de quiproquos loufoques. La fabrication du film devient la réjouissante balade d’une bande de branquignols dans les bas-fonds du cinéma de troisième zone. La BD pastiche à tout va la saga intergalactique pour une uchronie joyeusement irrespectueuse et un hommage plein d’humour au génial créateur de Luke Skywalker.

Star Fixion

Obion et Bernstein

Fluide Glacial

56 p – 12,90 €