Vox populi.2

Lorsque Wagner, l’ancien journaliste spécialiste de faits-divers, croise le chemin de la septuagénaire solitaire, une petite lumière rouge se met à clignoter. Une tête déjà vue, mais où et quand ? Il finit par identifier la dame, condamnée il y a quelques années à douze ans de prison pour avoir tué son mari de trois balles dans le dos. Meurtrière ou victime, assassinat ou légitime défense, à l’époque la presse et les réseaux sociaux, nouvelles vox populi.2, avaient choisi leur camp, l’érigeant en martyre. Grace à la pression médiatique, elle avait bénéficié d’une grâce présidentielle inespérée, signée le jour de la Saint-Innocent. L’ex-chroniqueur sent pourtant que quelque chose cloche dans ce dossier et décide d’aller y voir de plus près.

Dans Trois cartouches pour la Saint-Innocent, enquête et road-movie font bon ménage. La province, pardon, on dit maintenant « les territoires », défile au rythme des voyages de Wagner et de ses rencontres. On y parle d’argent, de secrets honteux, de manipulations politiques, de bière et de charcuterie. Le passé rode, jamais très loin, avec son lot de regrets et de nostalgie. Parfois le récit fait une pause, à cause d’un écureuil, à cause d’une mésange. Alors la noirceur humaine se fait momentanément oublier pour la beauté d’un paysage, la tranquillité d’une scène de pâture ou le parfum acide des bogues de noix au bord des fossés.  Inspiré d’un fait-divers réel (cherchez lequel), le dernier roman de Michel Embareck est un vrai bonheur de lecture, au style vif, riche et inventif. Un récit au ton ironique, allègrement irrespectueux et politiquement incorrect, teinté de tendresse et de poésie.

Trois cartouches pour la Saint-Innocent

Michel Embareck

L’Archipel

224 p – 18 €

La cité des enfants perdus

Falloujah, en Irak, fut pendant longtemps pour le Français Feurat Alani le pays des vacances en famille, le bonheur partagé, les parfums d’abricot et de cardamome. Un jour de 2004, la mort s’est abattue sur la ville, dévorant inexorablement les enfants de la « cité des mosquées ». La révolte des habitants, le siège par l’armée américaine, les bombardement intenses… Falloujah la rebelle, pour avoir voulu résister à l’envahisseur étranger, a été terrassée. Devenu journaliste, Feurat Alani est revenu sur les pas de sa jeunesse, pour y découvrir les profondes cicatrices, tant morales que physiques, laissées par le conflit. Ainsi que le raconte l’oncle Imad à son neveu : « Des armes étranges et monstrueuses ont semé la mort dans la population ». Comme si cela ne suffisait pas, les bébés nés après les frappes américaines ont payé très cher le prix de la folie humaine. Décès prématurés, maladies et de malformations ont touché près d’un enfant sur dix. Parti enquêter sur ce phénomène aux Etats-Unis puis au Pays de Galles, le reporter découvre que des milliers de tonnes d’uranium appauvri, peut-être même enrichi, ont été déversées sur Falloujah par l’armée US, provoquant dans la population des dégâts pires qu’à Hiroshima.

Entre récit autobiographique et enquête journalistique, Falloujah Ma campagne est une œuvre graphique âpre, sombre et sensible qui raconte avec lucidité l’enfer vécu par les femmes et hommes de la cité martyr. Le dessin en noir et blanc, sobre et expressif d’Halim illustre remarquablement les propos de Feurat Alani.

Falloujah Ma campagne perdue

Scénario : Feurat Alani

Dessin : Halim

Les escales

126 p – 18 €