Clichés d’amour

La recherche de la perle rare, de la bonne personne, est-ce à cela que doit se réduire notre vie sentimentale ? Pour Stéphane Rose, la réponse est une évidence, la vie à deux n’est pas absolument pas la solution idéale. Dans son essai En finir avec le couple, il en détricote méthodiquement la mythologie. S’attaquant au vocabulaire amoureux, il en traque les nombreux clichés. Refaire sa vie, trouver chaussure à son pieds, accomplir son devoir conjugal… autant d’expressions qui, si on prend le temps d’y réfléchir, laissent un arrière-goût désagréable. Tout en assumant parfaitement sa subjectivité, Stéphane Rose s’attaque à ces lieux communs, les saisit à bras le corp pour mieux les tordre, les triturer pour en extraire toute la vacuité et les contradiction. Derrière la plaidoirie quasi unanime pour la défense du couple, il montre le poids de l’éducation et des normes sociales.

Et si la solitude n’était pas aussi une forme d’accomplissement, beaucoup plus libératrice que le couple ? Pourquoi ne serait-il pas possible d’aimer sans renoncer à sa propre individualité ? Par ses réflexions personnelles et pertinentes, sans aucun dogmatisme, il nous pousse à nous interroger sur notre propre vision du couple et du sentiment amoureux.

En finir avec le couple

Stéphane Rose

La Musardine

128 p – 16 €

Rompre sans céder

Le décès d’un proche, une rupture amoureuse ou amicale, un ami qui déménage loin, un enfant qui part vivre sa vie, un emploi que l’on quitte à regret… nous connaissons tous ces croche-pieds du destin qui nous laissent souffrants et impuissants. Ce sont des déchirures, plus ou moins graves, qui nous blessent ou nous angoissent car elles touchent nos points sensibles, nos faiblesses réelles ou supposées. Blessures profondes qui nous anéantissent ou simples écorchures douloureuses, elles peuvent laisser des traces difficiles à effacer.

Pourtant, il est possible de tirer profit de ces cassures qui font partie intégrante de la vie. C’est ce que nous montre Anne-Laure Buffet dans un ouvrage intitulé Ces séparations qui nous font grandir. Ces accidents, même vécus comme une fin, peuvent être aussi l’occasion d’un nouveau départ, une renaissance, lorsque l’on sait les apprivoiser.

Anne-Laure Buffet est thérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes victimes de violences psychologiques. Dans son dernier ouvrage, elle décortique les mécanismes de la rupture, les douleurs qu’elle engendre et les moyens de s’en libérer. Une écriture sans jargon, un ton simple et direct, sans dogmatisme et à hauteur humaine, de nombreux exemples, des témoignages, Ces séparations qui nous font grandir est un livre tout simplement utile.

Ces séparations qui nous font grandir

Anne-Laure Buffet

Eyrolles

184 p – 18 €

Green et châtiment

Vous avez des tendances homicides prononcées mais vous ne supportez pas la vue du sang ? Vous haïssez le genre humain dans son ensemble mais l’idée de passer à l’acte vous fatigue d’avance ? Alors le livre La mort par les plantes de Helmut Eisendle est fait pour vous. Tel un herbier peu recommandable mais superbement illustré, l’ouvrage compile en 33 fiches tout ce qu’il faut savoir sur les plantes toxiques. Noms, propriétés, effets, modes d’emplois et cas pratiques, vous n’ignorerez bientôt plus rien de ces fruits défendus. Grâce aux connaissances ainsi acquises, vous pourrez enfin prendre votre destinée en main et vous débarrasser tranquillement de tous les importuns qui polluent votre horizon. Comme l’écrit l’auteur « Le savoir, c’est-à-dire la connaissance des possibilités d’opérer une destruction absolue, est de manière évidente un moyen de remporter la victoire sur un adversaire ».

L’Autrichien Helmut Eisendle, décédé en 2003, était mécanicien informatique, biologiste, docteur en psychologie et en philosophie. Il a écrit une quarantaine de livres. La mort par les plantes est (hélas) sa seule œuvre traduite en français. Entre poésie, humour, réflexion et botanique, c’est le recueil indispensable aux révoltés apathiques et aux misanthropes paresseux.

La Mort par les plantes

Helmut Eisendle

Vies Parallèles

160p – 20 €

Le monde des livres

Les livres sont mondes étranges et magiques. Ils offrent à leurs lecteurs des saveurs, des parfums familiers ou inconnus. Clémentine Mélois est tombée dedans quand elle était petite, tel un certain gaulois tombé dans la potion magique (la comparaison s’arrête là). Il y a pire addiction. Pour notre plus grand bonheur, elle a décidé de partager cette passion, de parler de ces ouvrages aimés, comme on ferait goûter ses plats préférés à des amis. Tolkien l’initiateur, Perec ou Francis Ponge, Astérix, Maigret ou le capitaine Achab, l’inventaire est long et éclectique. Ces œuvres sont des voyages, des allers-retours entre quotidien et rêve, vie d’adulte et enfance. La lecture se transforme alors en une expérience sensorielle durant laquelle le temps devient élastique. Qu’il soit de poche ou relié cuir, l’objet imprimé lui-même a quelque chose de magique, de fascinant, qui justifie aisément le doux fétichisme des amoureux de littérature.

La dernière création de Clémentine Mélois s’intitule Dehors, la tempête. Après cette tourmente silencieuse et inquiétante qui a frappé à nos portes, elle rappelle, avec tendresse, humour et un brin de nostalgie, à quel point un livre peut être un refuge apaisant. Elle nous invite à relire ceux qui ont compté. Elle nous pousse à partir à la découverte d’auteurs inconnus et de nouveaux personnages, pour mieux entrer dans leur univers et par-là même de les inviter dans le nôtre. Tout un programme de plaisirs à venir, de bonheurs à partager.

Dehors, la tempête

Clémentine Mélois

Grasset

192 p – 17 €

Good Bye Lénin

Urbex, de l’anglais « urban exploration », signifie exploration urbaine. C’est-à-dire la visite des immeubles et des endroits abandonnés ou interdits. L’ex-Allemagne de l’Est, disparue en 1990, regorge de ces vaisseaux fantômes, vestiges oubliés mais toujours très présents du socialisme d’avant la chute du mur de Berlin. Depuis, le silence a recouvert les années RDA, comme si elles n’avaient jamais existé, comme si une amnésie collective avait frappé le peuple allemand.

Nicolas Offenstadt est parti à la recherche des traces d’un passé pas si lointain, à la découverte de ces endroits emblématiques de la République Démocratique Allemande. Lieux de pouvoir, entreprises, bâtiments militaires, culturels ou sportifs, Il en a visité plus de 250, les a photographiés, a cherché à les comprendre et à le faire parler. Urbex RDA est le riche journal de voyage de cette errance urbaine de l’autre côté du mur. Un ouvrage passionnant qui explore avec rigueur et poésie l’histoire d’un État disparu il y a peu.

Urbex RDA

Nicolas Offenstadt

Albin Michel

258 p – 34,90 €

Naissance d’une république

La cinquième république est officiellement née le 4 octobre 1958, date de la promulgation de sa constitution. Toujours en vigueur, elle semble gravée dans le marbre. Cette période reste pourtant une page obscure de l’histoire « officielle » française. Et comme souvent, c’est des Etats-Unis que nous vient un nouvel éclairage : Grey Anderson, historien dont l’ouvrage La guerre civile en France, 1958-1962 a été publié à La Fabrique.

Le baptême de la Vème république s’est fait sur fond de bruit et de fureur. Ce fut un temps de haine et de violence, marqué par une bipolarisation extrême et beaucoup de confusion. Entre le putsch du 13 mai 1958 et la fin de l’OAS en 1962, la France a connu l’époque probablement la plus agitée de l’après-guerre. Pour étudier ces brûlantes années, Grey Anderson a eu accès à des archives jusqu’alors inédites. Le résultat de ses recherches est un passionnant ouvrage, très documenté, qui apporte une vision extérieure, loin des querelles franco-françaises, sur cette période fondamentale de notre histoire récente.

La guerre civile en France, 1958-1962

Grey anderson

La fabrique éditions

304 p – 15 €

Méfiez-vous des villes moyennes

Pourquoi rêver de Syracuse, l’île de Pâques ou Kairouan, quand Cholet, Maubeuge ou Vesoul nous tendent les bras ? A quoi bon les jardins de Babylone quand Cergy nous offre ses 8 km² d’espaces verts ? Aveuglés par le clinquant, hypnotisés par l’exotique, nous fonçons tous sur l’autoroute des évidences, au point d’en oublier les petites départementales, les nationales du fin fond de Province et toutes ces villes moyennes, dans tous les sens du terme, sans attrait apparent.

Heureusement il y a Vincent Noyoux, nouveau héraut des sous-préfectures somnolentes, des anciens fleurons de l’industrie et autres cités négligées de France. Prenant Guides Bleus, Michelin et consorts à contre-pied, il s’est aventuré sur des chemins moins balisés et est parti à la découverte de douze localités à priori fort peu remarquables.

Le compte-rendu de ses tribulations, Tour de France des villes incomprises, est un délicieux voyage dans ces endroits où le temps s’est un peu arrêté. Le nez au vent, au hasard des rues, au plaisir des rencontres, l’auteur se promène le sourire aux lèvres, guidé par la curiosité. Chasseur de détails, il traque l’anodin étonnant, la beauté ignorée, la grandeur minuscule. Pour mieux comprendre ces lieux il cherche ceux qui les racontent, les embellissent : un amoureux des tracteurs de Vierzon, un basketteur américain égaré au milieu du bocage choletais, un papetier commando de Draguignan… Il y a du Henri Calet dans ces déambulations empreintes de poésie, d’humour et de délicatesse. Un nouveau Guide du Traînard indispensable qui invite à prendre son temps, l’œil aux aguets, prêt à se laisser surprendre.

Vincent Noyoux

Tour de France des villes incomprises

Pocket

255 p –  6,40 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1846-1847 du 23-30 mai 2019

Flamboyantes

Sans titre-1

Les femmes à la chevelure rousse laissent rarement indifférent. Objet de moqueries, de craintes, de fantasmes, elles sont depuis toujours victimes de préjugés. La sorcière, la prostituée, la muse… les clichés qui leur sont associés leur collent à la peau, qu’elles sont supposées avoir de lait, bien entendu. Même si les roux ne représentent que 1,5 % de la population mondiale, leur différence dérange. Dans Rousses ! Edith Pauly décrypte ce phénomène ambivalent en s’attachant à l’image des rousses à travers l’histoire, les arts, les mythologies anciennes et modernes.De la Lilith de la tradition hébraïque, démon aux cheveux de feu, à Mylène Farmer, fausse rousse mais vraie icône, le panorama est large et extrêmement varié. La peinture, la littérature, le cinéma, la télévision, la publicité, la religion… tous les supports sont passés en revue. Avec talent et curiosité, Edith Pauly nous parle de ces héroïnes, reines, putains, aventurières, monstres ou victimes, qui ont toutes en commun une crinière fauve. A l’appui de ces histoires, l’iconographie est riche, variée et la peinture y tient une place de choix. Botticelli, Manet, Klimt et tant d’autres, l’abondance des illustrations prouve l’attraction qu’exercent ces flamboyantes sur l’imaginaire des artistes.

Edith Pauly est journaliste et auteure. Elle s’intéresse particulièrement aux sujets de société et à l’art. Avec Rousses ! elle propose une balade plaisante, œcuménique et érudite à travers les siècles, à la rencontre de femmes remarquables. Heureusement, les rousses, elles non plus, ne comptent pas pour des prunes.

Rousses !

Edith Pauly

Editions Quai des Brunes

128 p – 21 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1820 du 15 novembre 2018

Hippothèse

Sous l'herbe verte de l'hippodrome

Le monde des courses hippiques n’est pas à un paradoxe près. De la clientèle populaire du bar PMU aux belles dames du Prix de Diane, du plus modeste des lads au richissime propriétaire qatari, c’est une sorte de condensé de la société moderne, avec toutes ses ambiguïtés, ses faces les plus sombres mais aussi sa beauté. Le goût du pouvoir, l’argent, le jeux, la passion, la tradition, la modernité, Paris, la province… tout s’y mélange, s’oppose et se complète.

Olivier Villepreux est journaliste indépendant. Il s’intéresse surtout au sport et a travaillé notamment pour Le Monde, L’Equipe et Libération. Depuis une enfance passée à Pompadour, un des hauts lieux de l’équitation, il reste fasciné par les chevaux. Il a voulu connaitre et comprendre l’univers des courses, un microcosme qui ne se laisse pas si facilement apprivoiser. Sous l’herbe de l’hippodrome est le résultat de cette enquête de près de trois ans. L’auteur est parti à la rencontre de ceux qui font vivre cet écosystème si particulier, des petites mains aux grands propriétaires. Il a visité des hippodromes, des élevages, des centres d’entrainement. De Paris à Escalans dans les Landes, de Deauville à Pau, dans la boue, sur l’herbe, le sable ou le bitume, Olivier Villepreux nous emmène dans un captivant voyage à travers le temps, l’espace et les milieux sociaux. On y croise des légendes, comme l’Aga Khan, John Wayne ou le célèbre trotteur Timoko, on y côtoie le gratin des champs de course et le prolétariat des écuries. Un récit très personnel, passionné, mais sans concessions.

Sous l’herbe verte de l’hippodrome

Olivier Villepreux

Anamosa

256 p – 20 €

Le Chirurgien-Dentiste de France n° 1817 du 25 octobre 2018