Mauvaises notes

Mort à Venise

Quoi de mieux, pour se mettre dans le bain avant des vacances à Venise, qu’un peu de littérature ? Comme je suis un touriste cultivé et responsable, j’ai acheté La mort à Venise de Thomas Mann, publié au Livre de Poche.

La lecture à petite dose c’est bien, mais il ne faut pas en abuser, cela peut nuire gravement à la santé. Contre ce mal insidieux, il y a les notes de bas de page. On nous fait croire qu’elles servent à éclairer le lecteur, mais en réalité, elles n’ont qu’un but : le dégoûter. Elles sont des patchs anti-culture d’une efficacité quasi clinique.

Les notes de bas de page proposées par le Livre de Poche dans cette édition de La mort à Venise ont manifestement été élaborées dans un laboratoire secret extrêmement compétent. Elles sont en plus renforcées par une introduction en béton armé, avec de vrais morceaux de Plutarque, Platon, Xénophon et autres Phaidros à l’intérieur. Un matériau de première qualité, du même type de celui utilisé pour la construction du mur de l’Atlantique.

Je me suis arrêté page 31, heureusement. Et j’ai appris que l’asti était un vin mousseux italien. C’est le genre d’information qui peut toujours être utile pour les mots croisés.

La mort à Venise

Thomas Mann

Le Livre de Poche

237 p – 5,60 €

Vialatte ultra light

Etrangers à Paris

Il faut lire Alexandre Vialatte. Ses livres devraient être remboursés par la sécurité sociale et par l’Académie Française. Lorsque parait, il y a quelques semaines, un nouvel inédit de l’auteur de Battling le ténébreux, intitulé Etrangers de Paris, l’amateur transi se jette frénétiquement sur sa boite mail pour en commander un exemplaire. Quand, au bureau, la jeune femme de l’accueil lui annonce, d’une voix pleine de promesses, qu’un nouveau livre est arrivé, il dévale approximativement l’escalier, se saisit fébrilement du plis, l’ouvre en tremblant et, surpris, marque un temps d’arrêt.

Selon le dictionnaire Larousse, le livre se définit comme un « Assemblage de feuilles portant un texte, réunies en un volume relié ou broché ». Certes, si on s’en tient à cette définition, c’est bien un livre que le fan impatient tient entre les mains. Le nom de Vialatte figure sur la couverture, sur la quatrième de couverture, et se retrouve à plusieurs reprises dans le corps de l’ouvrage. Il peut donc en déduire sans prendre trop de risques qu’il s’agit là d’un livre de son idole. D’ailleurs, la lecture de ces chroniques, parues dans le Figaro en 1932, ne lui laisse aucun doute sur l’auteur, il reconnait bien le style de l’écrivain, si élégant et fluide, tout en ironie délicate.

Mais voilà, même si un nouvel ouvrage d’Alexandre Vialatte est une présomption presque irréfragable de plaisir, quand il ne compte que 64 pages, dont seulement 21 de chroniques, et le tout pour 10 €, on peut être déçu. Dix euros pour 21 pages de Vialatte, cela fait le roman Battling le Ténébreux chez Gallimard à  plus de 250 € le volume et les deux tomes des Chroniques de la Montagne, dans la collection Bouquins de chez Robert Laffont à près de 900 €. Alors certes, tout comme l’éléphant, Alexandre Vialatte est irréfutable, mais est-ce une raison pour le rendre inabordable ?

Etrangers de Paris

Alexandre Vialatte

Le Bateau Ivre

66 p – 10 €