Paris Babel

Belleville, Ménilmontant, dans les hauts de la ville, des humains aux multiples origines cohabitent et se croisent sans toujours se voir : jeunes urbains branchés, employés modestes, sans papiers, dealeurs… Issa, l’éboueur sénégalais, connait ce coin comme sa poche. Il en a sillonné des rues et rencontré des gens, depuis qu’il est arrivé en France. Un jour, son chemin croise celui de Manuela la cubaine. Lorsque le mari de la jeune femme est assassiné et qu’elle disparait mystérieusement, Issa se lance à sa recherche. Mais sa quête va bousculer le business d’un gang de trafiquants et faire basculer sa vie tranquille.

Belleville city, premier roman de Yannis Tsikalakis est une plongée bouillonnante dans un Paris populaire et obscur, celui des quartiers nord-est, loin de la ville lumière et de ses paillettes. Des personnages bien dessinés, un style vif, ce roman policier qui se lit avec plaisir, comme une visite inattendue de la capitale.

Belleville city

Yannis Tsikalakis

Autrement

304 p – 17,90 €

En écoutant Gabin

Il y a la mer du Nord, au loin les falaises anglaises, les bateaux qui passent comme des rêves de voyages. Il y la plage, les dunes, des hiboux et des oies sauvages. Il y a, tout près, perdu en pleine nature, quelques baraques de bric et de broc où vivent Anatole, Loïk et Lucille. Au dehors, c’est la ville, le port et le chantier monstrueux où travaille Loïk. Les trois se sont construit une petite communauté de peu, une presque famille unie par un attachement pudique, deux oncles bourrus, approximatifs et leur nièce de fortune. La vie s’y écoule, doucement chaotique, faite de petites joies, de rires et de mélancolie, et Jean Gabin n’est jamais très loin. Parfois ça se chamaille un peu, mais quand ça tangue à l’extérieur on sait se tenir chaud. Jusqu’au moment où tout bascule dans le drame. Bêtement, pour des conneries, des trois fois rien qui se transforment en machine à broyer, comme celle que conduit Loïk. Loïk, son goût pour le désastre, ses fêlures et sa colère à fleur de peau qui ne demande qu’à exploser.

L’auteur de L’horizon qui nous manque est un enfant du Nord et cela se sent à la lecture de son dernier roman. C’est un récit bleu comme un ciel printanier, plein de sable, de vent iodé et de cris d’oiseaux. Il a un parfum de bière et de salicorne. C’est aussi un roman amer et gris, d’un gris poisseux comme un ciel flamand des mauvais jours. Une belle et poignante chronique, entre tendresse et violence, accompagnée par les mots de Gabin et superbement mise en musique par Pascal Dessaint.

L’horizon qui nous manque

Pascal Dessaint

Rivages Noir

250 p – 19 €

Souffrances

Les corps brulés de quatre gamins sont retrouvés dans une maison abandonnée de la banlieue nord de Paris. Une équipe médicale s’interroge sur le comportement d’une mère face au cancer de sa fille. Un patient confesse ses penchants morbides à son psychiatre, distillant un malaise de plus en plus lourd. Trois histoires parallèles qui mobilisent l’équipe de l’inspecteur Rovère et la juge d’instruction Nadia Lintz. Trois enquêtes faites d’impasses et d’atermoiements, qui plongent les policiers et la magistrate au cœur des ténèbres, dans des mondes de désespoirs et de souffrances, dont les enfants sont les premières victimes, car les plus faibles parmi les faibles.

Moloch est une fascinante incursion dans les marges de notre système, vers des lieux d’errance et de violence. Une intrigue riche, complexe et brillamment menée, sur fond de réalisme social. Des personnages principaux dotés d’une réelle épaisseur, profondément humains, même dans leurs faiblesses. Un récit policier à l’écriture sobre, précise et sèche comme un coup de trique, qui tient en haleine jusqu’au bout de la nuit.

Les écrits de Thierry Jonquet, décédé en 2009, ont notamment inspiré le cinéma (La piel que habito de Pedro Almodovar, adapté de Mygale) et la télévision (la série Boulevard du Palais, avec Jean-François Balmer et Anne Richard). C’est un des grands écrivains du roman noir français, à l’instar d’un Jean-Patrick Manchette ou d’un Didier Daeninckx. La réédition récente de Moloch chez Folio est l’occasion de s’en souvenir.

Moloch

Thierry Jonquet

Folio

232 p – 8,40 €

Sombre printemps

Deux enfants des beaux quartiers qui disparaissent sans raison apparente, une série de viols qui laissent les victimes sans mémoire, un meurtre semblable à un sacrifice rituel, la police judiciaire de Rennes est sur les dents en cette fin de printemps. Les lieutenants Laure Jouan et Martial Hart essayent de rassembler les morceaux éparpillés de ces sombres puzzles, mais les indices sont fragiles, leurs enquêtes erratiques.

Quelques jours dans la vie des deux flics, leurs tracas, leurs rêves et leurs regrets. Autour d’eux, des gens se croisent, se rapprochent ou s’affrontent. Vilaine blessure est un polar ancré dans la réalité, celle d’une société moderne qui morcelle, isole et broie. Les personnages sont fouillés, avec leurs doutes et leurs imperfections, l’intrigue est complexe, captivante. Franck Darcel est un des fondateurs de Marquis de Sade, groupe légendaire de la scène rock française. Vilaine Blessure est son quatrième roman, un récit noir et moderne à la mécanique excitante.

Vilaine blessure

Franck Darcel

Le Temps Éditeur

582 p 19 €