Souvenirs gigognes

C’est l’histoire d’une petite fille coincée entre deux couleurs de peau, trop blanche pour les uns, trop noire pour les autres. L’histoire d’une femme partagée entre plusieurs pays, la Guyane de l’enfance, abandonnée pour la Martinique, puis, devenue femme, Paris. Une enfant tiraillée entre deux prénoms, Olga, son prénom de naissance et Marie-Thérèse, celui qui lui est attribué d’office par sa famille Martiniquaise. Elle, c’est la mère de l’auteur, Philippe Annocque. Les singes rouge, son dernier ouvrage, est un livre de souvenirs, ceux d’Olga rapportés par son fils. Ou plutôt un livre de souvenirs gigognes où les vies de trois générations s’imbriquent comme des poupées russes. Celle d’Olga, bien sûr, mais aussi celle de sa mère et celle de son fils. Un voyage dans les terres d’Outremer, leurs fleuves, leurs plages, leurs forêts. La famille maternelle omniprésente, les aïeux, les tantes, les cousins et cousines. L’école, les études puis la métropole et la vie d’adulte.

Les singes rouges est le récit doux et poétique de la recherche d’un temps lointain, celui de l’enfance, à travers la mémoire d’Olga, ses rencontres, ses émotions, ses plaisirs et ses peines. La quête d’une généalogie impressionniste, mais aussi une réflexion sur l’écriture et une interrogation sur l’identité, question au cœur de l’œuvre de Philippe Annocque. Une œuvre subtile et pudique, pleine de tendresse et de chaleur.

Les singes rouges

Philippe Annocque

Quidam éditeur

Plus qu’un chat

Il y a Hayakawa, le narrateur, scénariste englué dans une vie atone ; son ex petite amie Renko, une cinéaste pleine de promesses et Miyata, l’époux de cette dernière. Au milieu de cette petite galaxie sommeille Sun, le vieux chat malade au pelage doré que Renko et Hayakawa avaient adopté lorsqu’ils habitaient ensemble. Il vit ses derniers jours, sa maitresse a appelé son ancien compagnon à la rescousse, pour qu’ils veillent ensemble sur lui. Autour du félin, l’existence du trio s’organise tant bien que mal, une intimité nouvelle se crée, les souvenirs remontent à la surface. Hayakawa revisite son histoire, le bonheur de la rencontre, le couple qui se délite puis la séparation et le vide. Le chat agit comme un révélateur et son agonie renvoie son maitre à ses regrets, ses abandons, ses fuites. L’homme se confronte à ses peurs, celle de s’engager, celle d’aimer. Paradoxalement, cette longue veille funèbre autour de Sun devient aussi pour lui l’occasion de se redresser, de s’éveiller lentement, avec difficulté et hésitation : « Mon équilibre était désormais plus que précaire, mais j’ai continué à avancer. Bravement »

Les chats ne rient pas est le premier roman de MUKAI Kosuke, auteur par ailleurs de nombreux scénarios de films. C’est une œuvre délicate et mélancolique, au style dépouillé et doux, qui parle de renoncements, de renaissance et de l’importance d’aimer, que ce soit un être humain ou un animal.

Les chats ne rient pas

MUKAI Kosuke

Editions Picquier

160 p – 14 €

On ne devrait jamais quitter Beaupréau

Pierre Barrault est né à Beaupréau, au sud-ouest du Maine-et-Loire.  Depuis il a quitté sa ville natale et vit aujourd’hui à Nantes. Était-ce une bonne idée ? On peut en douter en lisant son dernier roman, Catastrophes. Car depuis, l’univers de l’écrivain, à moins que cela soit celui de son narrateur, semble s’est détraqué, même si lui (le créateur ou sa créature, je ne sais plus trop) reste imperturbable. Tel un Buster Keaton plongé dans un univers d’irréalité virtuelle, le personnage traverse impassible les accidents les plus étranges, dans un monde où tout dysfonctionne. A pied, en train, en voiture (c’est Claire qui conduit) ou enfermé dans sa chambre, rien ne va, mais tout parait normal. L’espace, le temps sont déconstruits, les humains, les animaux se transforment au grès des avanies subies par le héros. On croise les sosies de François Berléand ou Frédéric Lopez, un faux boulanger ou un serveur fragmenté. Heureusement, Claire est là pour donner au tout un semblant de logique.

Catastrophes est le quatrième livre de Pierre Barrault. Son œuvre est un genre littéraire à elle toute seule, une sorte de littérature quantique basée sur le principe de l’inéluctable incertain. Nul logique apparente, donc, dans son dernier roman à l’univers onirique et au style épuré. Mais tout simplement le plaisir de se laisser porter d’une séquence absurde à une autre par les mots de l’auteur, de s’abandonner aux méandres de ce récit joyeusement catastrophique.

Catastrophes

Pierre Barrault

Quidam éditeur

132 p – 15 €

Off courses

Et si les listes de courses n’étaient en fait que des messages secrets, subtilement codés ? C’est l’incroyable découverte qu’a faite Clémentine Mélois en étudiant pendant des années, cloîtrée dans son laboratoire secret, ces précieux documents. Enfin presque. L’artiste collectionne depuis longtemps les listes de commissions ramassées dans la rue. Des tas de listes, des sèches comme des coups de trique, des longues comme des jours sans pain, des illisibles, des dessinées, des barbouillées…

A partir de ces bouts de papier abandonnés, dont elle publie la photo, elle a imaginé des instantanés de vie. Chaque image raconte un personnage, une histoire, comme la voix off d’un documentaire. Un court récit à la première personne qui est à la biographie ce que le speed-dating est aux histoires d’amour. Naviguant entre surréalisme et banalité tranquille, Sinon J’oublie est un catalogue aléatoire et merveilleux de petites misères et de grands espoirs. Edith, Jeanne, Michel, Kevin et les autres, l’auteure les imagine, leur donne consistance et leur offre pour un instant la parole. A travers son regard tendre, le quotidien le plus banal de ses héros approximatifs se transforme en une série de micro-aventures pleines de poésie et d’humour. Le roman de Clémentine Mélois est un inventaire précieux et dérisoire de petits éclats d’existences. Jacques Prévert peut commencer à s’inquiéter.

Sinon j’oublie

Clémentine Mélois

Grasset

240 p – 16 €

Un sourire incertain

Paris, le milieu des années 80, Louise, 22 ans, a quitté le Havre, attirée par les lumières de la capitale. L’époque est encore à l‘insouciance, le SIDA menace mais reste discret et le monde de la musique semble si attirant aux yeux de la petite provinciale. Après quelques mois de vie en ermite à se remettre d’une rupture douloureuse, elle décide de sortir de sa grotte. Alors les soirées et les concerts s’enchaînent, les amis, les amants, les excès, les ivresses et les petits matins cotonneux. Louise se laisse porter par ce brillant tourbillon, d’un jeune homme moderne à un autre, elle hésite encore mais avance, un sourire incertain aux lèvres.

Louise va encore sortir ce soir est un récit initiatique plein de charme et de mélancolie. On y entend des rires, des bavardages, des bruits de verres qui s’entrechoquent et de la musique pop. On y parle de joies, de plaisirs, de doutes et de solitude. François Gorin, ancien journaliste passé notamment par le magazine Rock & Folk, suit les pas de cette attachante jeune femme toujours en mouvement, de fêtes en fêtes, d’appartements parisiens en boîtes de nuit. Cette jolie Louise en rappelle fortement une autre, celle jouée par l’inoubliable Pascale Ogier dans le film Les nuits de la pleine Lune d’Eric Rohmer, sorti en 1984. Un parfum rohmérien revendiqué qui imprègne doucement le roman de François Gorin.

Louise va encore sortir ce soir

François Gorin

Médiapop Editions

196 p – 15 €

Paris Babel

Belleville, Ménilmontant, dans les hauts de la ville, des humains aux multiples origines cohabitent et se croisent sans toujours se voir : jeunes urbains branchés, employés modestes, sans papiers, dealeurs… Issa, l’éboueur sénégalais, connait ce coin comme sa poche. Il en a sillonné des rues et rencontré des gens, depuis qu’il est arrivé en France. Un jour, son chemin croise celui de Manuela la cubaine. Lorsque le mari de la jeune femme est assassiné et qu’elle disparait mystérieusement, Issa se lance à sa recherche. Mais sa quête va bousculer le business d’un gang de trafiquants et faire basculer sa vie tranquille.

Belleville city, premier roman de Yannis Tsikalakis est une plongée bouillonnante dans un Paris populaire et obscur, celui des quartiers nord-est, loin de la ville lumière et de ses paillettes. Des personnages bien dessinés, un style vif, ce roman policier qui se lit avec plaisir, comme une visite inattendue de la capitale.

Belleville city

Yannis Tsikalakis

Autrement

304 p – 17,90 €

La voix de son maître

Baptiste est un imitateur talentueux mais sans public, qui peine à vivre de son art. Il ne contrefait que des personnages oubliés ou démodés. Un jour, il est abordé par Jean Chozène, un célèbre romancier, qui lui propose un étrange marché : prendre sa place au téléphone. L’écrivain pourra ainsi se consacrer pleinement à la rédaction de son dernier ouvrage. Baptiste devient donc la voix du grand auteur, celle qui répond à la famille, aux gens du métier, aux amis ou aux fâcheux, sans que personne de se rende compte de la supercherie. Plus le temps passe et plus Baptiste prend de l’assurance. Il se glisse lentement dans la peau de Chozène, jusqu’à prendre sa place. L’artiste en galère se transforme petit à petit en une sorte de démiurge fasciné par son pouvoir. Jusqu’à qu’à la perte définitive d’équilibre…

Le répondeur, de Luc Blanvilain, est une comédie de mœurs ironique et moderne, qui parle de l’identité et de l’illusions, du besoin frénétique de paraître, d’exister à tout prix aux yeux du monde, jusqu’au risque de se perdre. C’est aussi une réflexion pleine d’humour et d’acuité sur la création artistique. Celle de l’homme de lettres reconnu et respecté ou de son double vocal passant de l’ombre à la lumière, du statut de « larbin sonore » à celui d’interprète virtuose. Un récit vif, plein de rebondissements et joyeusement enlevé.

Le répondeur

Luc Blanvillain

Quidam éditeur

260 p -20 €

Le goût de la pomme

Un psychanalyste en fin de carrière, presque au bout du rouleau. Il ne lui reste plus que huit cents séances et c’est fini, il ferme son cabinet et prend sa retraite. Il y a longtemps qu’il a oublié ses rêves au fond d’un des tiroirs de son secrétaire. Les années ont passé, le jeune praticien qu’il était, plein de projets et d’espoirs, s’est lentement desséché, racorni seul dans son coin : « l’homme était devenu un autre, pendant que je regardais ailleurs ». Un jour débarque dans son cabinet Agathe, une nouvelle patiente au parfum de pomme. Une femme fragile, en équilibre précaire au bord du vide, comme victime d’un inexorable processus d’effacement. Entre ces êtres a priori si éloignés, une douce alchimie va s’opérer, par petites touches, rendez-vous après rendez-vous. Deux âmes presque mortes vont enfin revivre au contact l’une de l’autre.

Agathe, de la Danoise Anne Cathrine Bomann, est une merveille de délicatesse et d’intelligence. Une œuvre à l’écriture sobre, subtile, qui parle avec sensibilité de sujets sombres, comme la vieillesse qui emprisonne ou les peurs qui paralysent. L’autrice y évoque aussi avec chaleur et tendresse le désir, le partage, et toutes ces choses, petites ou grandes, qui entraînent vers la vie et la lumière. Sous sa plume, la confection d’un gâteau aux pommes devient un véritable moment de bonheur et de poésie. Anne Cathrine Bomann est psychologue, Agathe est son premier roman et a été traduit dans une vingtaine de langues. Gouttez-y sans hésiter et régalez-vous.

Agathe

Anne Cathrine Bomann

La Peuplade

176 p – 18 €

Narration désynchronisée

Le métier de romancier est plus compliqué que l’on ne l’imagine. Surtout quand les personnages de la fiction littéraire échappent à leur créateur et n’en font qu’à leur tête. C’est ce qui arrive au héros de Albert et l’argent du beurre de Laurent Rivelaygue. Il se rêvait en fabriquant de best-sellers, riche et adulé. Le voilà condamné à courir après ses propres créatures, se bagarrer contre elles, réparer les catastrophes qu’elles provoquent ou subissent. Démiurge impuissant, il en est réduit à essayer de renouer tant bien que mal les fils d’un récit parti dans tous les sens.

Albert et l’argent du beurre est un roman loufoque et singulier. Vu de loin, il ressemble à du grand n’importe quoi, mais c’est en réalité une œuvre parfaitement maîtrisée. Une littérature approximative brillamment organisée, inventive et d’une réelle drôlerie. Le combat du pauvre plumitif dépassé devient une sorte de concours de narration désynchronisée où l’auteur (celui de chair et d’os, pas l’autre malheureux) secoue la langue française à grands coups de néologismes, pléonasmes et autres bizarreries stylistiques, à en rendre fous les membres de l’Académie française. Il est malheureusement à craindre que Laurent Rivelaygue soit le fruit, caché et indigne, de l’union contre nature de Jean-Baptiste Botul, Pierre Desproges et des Nuls, voire même pire. La lecture de son dernier ouvrage, à l’humour absurde, potache et déjanté, est en tout cas la meilleure des façons de lutter contre la morosité ambiante, en se tenant les côtes dans de grands éclats de rire.

Albert et l’argent du Beurre

Laurent Rivelaygue

Éditions du Sonneur

224 p – 15 €

En écoutant Gabin

Il y a la mer du Nord, au loin les falaises anglaises, les bateaux qui passent comme des rêves de voyages. Il y la plage, les dunes, des hiboux et des oies sauvages. Il y a, tout près, perdu en pleine nature, quelques baraques de bric et de broc où vivent Anatole, Loïk et Lucille. Au dehors, c’est la ville, le port et le chantier monstrueux où travaille Loïk. Les trois se sont construit une petite communauté de peu, une presque famille unie par un attachement pudique, deux oncles bourrus, approximatifs et leur nièce de fortune. La vie s’y écoule, doucement chaotique, faite de petites joies, de rires et de mélancolie, et Jean Gabin n’est jamais très loin. Parfois ça se chamaille un peu, mais quand ça tangue à l’extérieur on sait se tenir chaud. Jusqu’au moment où tout bascule dans le drame. Bêtement, pour des conneries, des trois fois rien qui se transforment en machine à broyer, comme celle que conduit Loïk. Loïk, son goût pour le désastre, ses fêlures et sa colère à fleur de peau qui ne demande qu’à exploser.

L’auteur de L’horizon qui nous manque est un enfant du Nord et cela se sent à la lecture de son dernier roman. C’est un récit bleu comme un ciel printanier, plein de sable, de vent iodé et de cris d’oiseaux. Il a un parfum de bière et de salicorne. C’est aussi un roman amer et gris, d’un gris poisseux comme un ciel flamand des mauvais jours. Une belle et poignante chronique, entre tendresse et violence, accompagnée par les mots de Gabin et superbement mise en musique par Pascal Dessaint.

L’horizon qui nous manque

Pascal Dessaint

Rivages Noir

250 p – 19 €

Domination

Au nord du Québec les habitants de la petite ville de Roberval traînent leur ennui au bord du lac Saint-Jean. Une société de soumission où le quotidien pèse et anesthésie comme la neige engourdit. Dans cette région austère, l’avenir se dessine en gris terne. A la scierie, un des principaux employeurs du coin, les salariés sont en grève et le conflit social s’éternise et se durcit. Parmi les grévistes, il y a Querelle beau et hédoniste colosse venu de Montréal et Jézabel la rebelle. Deux âmes libres et solaires coincées dans une société engoncée dans ses tristes conventions. Mais que valent ces individus de peu, ouvriers méprisés, indigènes déclassés, face à la logique du profit pur, celle de la réduction des coûts et de l’ubérisation en marche ? Dans un affrontement de plus en plus tendu, tous les coups sont permis contre les grévistes. Pendant ce temps les autorités regardent ailleurs. A la brutalité des rapports de domination, imposée par les pouvoirs économiques et politiques, répond alors la colère de ceux qui n’ont plus ni parole ni espoir. Une lutte inexorable s’engage, âpre et frontale, qui ne peut se terminer que par un drame.

Kevin Lambert est un jeune écrivain québécois et Querelle est son deuxième ouvrage. C’est une tragédie sociale et érotique, entre Zola et Jean Genet, qui empoigne, trouble et secoue. Un récit puissant et cru, à l’écriture ironique, violente et sensuelle. Un roman que l’on prend comme une claque et que l’on referme groggy, abasourdi.

Querelle

Kevin Lambert

Le nouvel Attila

256 p – 18 €

Souffrances

Les corps brulés de quatre gamins sont retrouvés dans une maison abandonnée de la banlieue nord de Paris. Une équipe médicale s’interroge sur le comportement d’une mère face au cancer de sa fille. Un patient confesse ses penchants morbides à son psychiatre, distillant un malaise de plus en plus lourd. Trois histoires parallèles qui mobilisent l’équipe de l’inspecteur Rovère et la juge d’instruction Nadia Lintz. Trois enquêtes faites d’impasses et d’atermoiements, qui plongent les policiers et la magistrate au cœur des ténèbres, dans des mondes de désespoirs et de souffrances, dont les enfants sont les premières victimes, car les plus faibles parmi les faibles.

Moloch est une fascinante incursion dans les marges de notre système, vers des lieux d’errance et de violence. Une intrigue riche, complexe et brillamment menée, sur fond de réalisme social. Des personnages principaux dotés d’une réelle épaisseur, profondément humains, même dans leurs faiblesses. Un récit policier à l’écriture sobre, précise et sèche comme un coup de trique, qui tient en haleine jusqu’au bout de la nuit.

Les écrits de Thierry Jonquet, décédé en 2009, ont notamment inspiré le cinéma (La piel que habito de Pedro Almodovar, adapté de Mygale) et la télévision (la série Boulevard du Palais, avec Jean-François Balmer et Anne Richard). C’est un des grands écrivains du roman noir français, à l’instar d’un Jean-Patrick Manchette ou d’un Didier Daeninckx. La réédition récente de Moloch chez Folio est l’occasion de s’en souvenir.

Moloch

Thierry Jonquet

Folio

232 p – 8,40 €

Celle qui n’ose pas

Elle, c’est Mademoiselle Chambon, l’institutrice. Celle qui n’ose pas, celle qui aurait aimé, celle qui aurait pu. Une femme à talons plats. Lui c’est Antonio, le papa de Kevin. Le maçon aux mains sales, le malhabile, celui qui se trouve trop lourd. Un taiseux. Par hasard, les chemins de ces deux timides vont se croiser. Ils vont se voir, s’observer, se découvrir et tomber amoureux l’un de l’autre. Petit à petit le gris de leurs existences va prendre les couleurs du printemps. Mais il y a Anne-Marie, l’épouse, la maman de Kevin, qui attend un deuxième enfant. Il y a l’amitié qui nait entre les deux femmes. Il y a la vie et tout son poids.

Mademoiselle Chambon de Éric Holder est le court roman d’une histoire d’amour vouée à l’échec. Un livre de peu de mots, tout en sobriété délicate, où tout est dit, jusqu’à l’indicible. Une écriture légère et grave pour un récit profondément émouvant, plein de silences et de gestes suspendus.

Mademoiselle Chambon

Éric Holder

J’ai lu

160 p – 6 €

La femme derrière la photo

Quand on parle de grands photographes, on pense souvent à Henri Cartier-Bresson, Raymond Depardon ou Robert Doisneau, plus rarement à Gerda Taro. Pourtant, celle qui fut la compagne de Robert Capa a marqué l’histoire de la photographie, malgré une carrière trop courte. Mais comme souvent l’homme a éclipsé la femme. Serge Mestre a voulu remettre en lumière le destin fulgurant de cette figure du photojournalisme, de sa jeunesse juive dans l’Allemagne Hitlérienne des années 30 à son décès accidentel à 27 ans, écrasée par un char de l’armée républicaine espagnole. Réfugiée à Paris, elle y apprend la photo sous la houlette de Capa. De l’autre côté des Pyrénées, la guerre civile fait rage. Gerda Taro va rapidement prendre fait et cause pour les forces antifranquistes et témoigner autant qu’elle le peut, par l’image, du combat de cette Espagne qui résiste. Au point d’y laisser la vie. Avec Regarder, Serge Mestre s’attache aux pas de son héroïne. Il dresse un portrait émouvant et plein de vie de la photographe, celui d’une femme libre, forte et engagée.

Regarder

Serge Mestre

Sabine Wespieser

19 € – 224 p

Sombre printemps

Deux enfants des beaux quartiers qui disparaissent sans raison apparente, une série de viols qui laissent les victimes sans mémoire, un meurtre semblable à un sacrifice rituel, la police judiciaire de Rennes est sur les dents en cette fin de printemps. Les lieutenants Laure Jouan et Martial Hart essayent de rassembler les morceaux éparpillés de ces sombres puzzles, mais les indices sont fragiles, leurs enquêtes erratiques.

Quelques jours dans la vie des deux flics, leurs tracas, leurs rêves et leurs regrets. Autour d’eux, des gens se croisent, se rapprochent ou s’affrontent. Vilaine blessure est un polar ancré dans la réalité, celle d’une société moderne qui morcelle, isole et broie. Les personnages sont fouillés, avec leurs doutes et leurs imperfections, l’intrigue est complexe, captivante. Franck Darcel est un des fondateurs de Marquis de Sade, groupe légendaire de la scène rock française. Vilaine Blessure est son quatrième roman, un récit noir et moderne à la mécanique excitante.

Vilaine blessure

Franck Darcel

Le Temps Éditeur

582 p 19 €