Cités à comparaître

Selon l’écrivain américain Ambrose Bierce, la citation est l’acte de répéter de manière erronée les mots des autres. Pour vous éviter de tomber dans ce regrettable travers, Paul Lambda a eu la lumineuse idée de publier Le cabinet Lambda, une compilation joyeusement érudite de plus de 5 000 citations forcément inoubliables et pertinentes. Classés par ordre alphabétique et par thème, chaque texte est référencé avec précision (auteur, ouvrage…). Frantz Kafka, Tom Waits, François Truffaut ou Kierkegaard, les auteurs sont aussi nombreux que variés. Le cinéma, la littérature, la télévision ou la musique, tous les arts et tous les supports sont mis à contribution.  Avec un tel ouvrage sous la main, vous pourrez enfin briller dans les diners mondains, les salons littéraires et les réceptions chez l’ambassadeur. Enfin, tout cela bien sûr quand le confinement sera terminé. En attendant, si vous ne pouvez pas sortir de chez vous, cela vous laisse tout le temps de déguster, petits bouts par petits bout, avec lenteur et délice, cet indispensable dictionnaire.

Le cabinet Lambda

Paul Lambda

Cactus Inébranlable éditions

724 p – 20 €

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Un pavé dans l’anar

« L’anarchie est la haute expression de l’ordre » a écrit Elysée Reclus. Il n’est pas certain que cet adage soit universellement partagé, tant l’idée d’anarchie fait en général office d’épouvantail, symbole de désordre absolu. Pourtant l’anarchisme un courant de pensée riche et complexe, entre philosophie et politique, qui a influencé de nombreux domaines, comme ceux du syndicalisme, de l’art ou de la culture.

Le recueil de nouvelles C’est l’anarchie ! est l’occasion de remettre ce mouvement en lumière, à rebrousse-poil des idées reçues. Vingt auteurs pour vingt nouvelles autour de vingt figures de l’anarchie, ça c’est de l’ordre ! On y croise des personnages  comme Emiliano Zapata, héros mythique de la révolution mexicaine, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, exécutés aux Etats-Unis pour des braquages qu’ils n’avaient pas commis ou Jules Bonnot, leader de la Bande à Bonnot, pour ne citer que les plus connus. Histoires d’espoirs, de révoltes et de répressions, C’est l’anarchie ! est un bel hommage à ces libertaires, utopistes obstinés, qui ont tant voulu changer le monde.

C’est l’anarchie

Editions du Caïman

Collectif

300 p – 15 €

Show lapin

La synthèse est un art subtil et difficile et Didier Paquignon la manie avec talent. Deux ans après Le coup du lapin et autres histoires extravagantes il publie une nouvelle compilation de faits divers illustrée par ses soins. Des histoires réduites à leur quintessence, accompagnées de monotypes en noir et blanc. Des images qui ressemblent à des anciens clichés argentiques retrouvés au fond d’une valise dans un vieux grenier. Le choc des mots (courts) et le poids des estampes. Un joueur de golf provoque la destruction de cinq avions de chasse, un cercueil écrase mortellement le fils du défunt, la police demande gentiment aux criminels de cesser leurs méfaits pendant la canicule… Peu importe la source, parfois inconnue, peu importe la vraisemblance, ce qui importe c’est l’incongruité, le côté bizarre de ces tragédies dérisoires. En quelques mots sobres, l’histoire est résumée, comme un flash aux informations. Cruauté, stupidité, bassesse ou extravagance humaine, sont le terreau de ces drames minuscules qui claquent, tel des slogans publicitaires loufoques et absurdes. On pense aux Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, merveilles de concision, bien avant l’invention des tweets. Dans Tout va bien mon lapin ? Didier Paquignon, peintre et écrivain, dresse un portrait lucide et ironique de l’humanité.

Tout va bien mon lapin

Didier Paquignon

Le Tripode

176 p – 15 €

Off courses

Et si les listes de courses n’étaient en fait que des messages secrets, subtilement codés ? C’est l’incroyable découverte qu’a faite Clémentine Mélois en étudiant pendant des années, cloîtrée dans son laboratoire secret, ces précieux documents. Enfin presque. L’artiste collectionne depuis longtemps les listes de commissions ramassées dans la rue. Des tas de listes, des sèches comme des coups de trique, des longues comme des jours sans pain, des illisibles, des dessinées, des barbouillées…

A partir de ces bouts de papier abandonnés, dont elle publie la photo, elle a imaginé des instantanés de vie. Chaque image raconte un personnage, une histoire, comme la voix off d’un documentaire. Un court récit à la première personne qui est à la biographie ce que le speed-dating est aux histoires d’amour. Naviguant entre surréalisme et banalité tranquille, Sinon J’oublie est un catalogue aléatoire et merveilleux de petites misères et de grands espoirs. Edith, Jeanne, Michel, Kevin et les autres, l’auteure les imagine, leur donne consistance et leur offre pour un instant la parole. A travers son regard tendre, le quotidien le plus banal de ses héros approximatifs se transforme en une série de micro-aventures pleines de poésie et d’humour. Le roman de Clémentine Mélois est un inventaire précieux et dérisoire de petits éclats d’existences. Jacques Prévert peut commencer à s’inquiéter.

Sinon j’oublie

Clémentine Mélois

Grasset

240 p – 16 €

Un sourire incertain

Paris, le milieu des années 80, Louise, 22 ans, a quitté le Havre, attirée par les lumières de la capitale. L’époque est encore à l‘insouciance, le SIDA menace mais reste discret et le monde de la musique semble si attirant aux yeux de la petite provinciale. Après quelques mois de vie en ermite à se remettre d’une rupture douloureuse, elle décide de sortir de sa grotte. Alors les soirées et les concerts s’enchaînent, les amis, les amants, les excès, les ivresses et les petits matins cotonneux. Louise se laisse porter par ce brillant tourbillon, d’un jeune homme moderne à un autre, elle hésite encore mais avance, un sourire incertain aux lèvres.

Louise va encore sortir ce soir est un récit initiatique plein de charme et de mélancolie. On y entend des rires, des bavardages, des bruits de verres qui s’entrechoquent et de la musique pop. On y parle de joies, de plaisirs, de doutes et de solitude. François Gorin, ancien journaliste passé notamment par le magazine Rock & Folk, suit les pas de cette attachante jeune femme toujours en mouvement, de fêtes en fêtes, d’appartements parisiens en boîtes de nuit. Cette jolie Louise en rappelle fortement une autre, celle jouée par l’inoubliable Pascale Ogier dans le film Les nuits de la pleine Lune d’Eric Rohmer, sorti en 1984. Un parfum rohmérien revendiqué qui imprègne doucement le roman de François Gorin.

Louise va encore sortir ce soir

François Gorin

Médiapop Editions

196 p – 15 €

Alien nations

Imaginez un monde où les individus ont renoncé à toute liberté de pensée. Imaginez un monde où les croyances, le progrès technique ou la pression sociale ont annihilé toute velléité d’autonomie personnelle. Imaginez un monde où les humains ont été transformés en des sortes de zombies ou d’aliens moutonniers et décérébrés. C’est le cœur des neuf contes fantastiques racontés et dessinés par Ersin Karabulut dans Jusqu’ici tout allait bien…  Mais ces histoires sont-elles aussi extraordinaires qu’il y paraît ? Car elles prennent leurs racines dans le quotidien de nos sociétés soi-disant modernes. L’omniprésence des nouvelles technologies, le poids des religions, la puissance de la norme sociale et autres dogmes sont autant de formes d’aliénations qui sont les germes de ce futur angoissant que décrit l’auteur.

Ersin Karabulut est un dessinateur turc parmi les plus connus. Dans Jusqu’ici tout allait bien… il invente des fables noires et angoissantes où le rire est grinçant, où ses héros sont englués dans une vie qui les écrase. Son dessin fin et précis, aux couleurs pâles, oscille entre réalisme et caricature et renforce l’étrangeté des récits. Un album de bande dessinée puissant et troublant.

Jusqu’ici tout allait bien

Ersin Karabulut

Fluide Glacial

80 p – 16,90 €

Manuel de la bêtise ordinaire

En 2019 Faut pas prendre les cons pour des gens, de Emmanuel Reuzé, au dessin et au scénario, et son co-scénariste Nicolas Rouhaud, a été un véritable succès de la bande dessinée. Ils ont donc décidé de remettre cela, pour une deuxième cuvée tout aussi grinçante que la première. Le monde de l’entreprise, l’ultra libéralisme, la pauvreté, l’enseignement, l’immigration, l’écologie… Faut pas prendre les cons pour des gens 02 pourrait être un parfait digest de tous les sujets de société qui font la une des médias. Mais le ton y est tout sauf sérieux, plutôt du genre sarcastique, un peu dans l’esprit d’un Groland, l’émission de Canal +. De courtes histoires au dessin réaliste, d’une ou deux pages, autour d’un thème d’actualité, où la logique apparente est poussé jusqu’au bout de l’absurde. Un manuel de la bêtise ordinaire à l’humour caustique et cruel, qui met en lumière la violence des rapports sociaux et la cruauté économique qui détruit petit à petit l’humanité et sa planète. L’album de Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud agit comme un formidable antidote aux discours à la gloire de la modernité, pour mieux en démontrer l’inanité. Un rire thérapeutique en quelque sorte.

Faut pas prendre les cons pour des gens 02

Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud

Fluide glacial

56 p – 12,90 €

Stranglers in the night

1977 est l’année de l’explosion de la vague punk en Grande-Bretagne. L’énergie brute d’un rock primaire envahit les ondes et les bacs des disquaires, avec l’émergence de groupes mythiques comme les Sex Pistols ou les Clash. A côté de ces hérauts du nouveau phénomène musical, les Stranglers apparaissent comme des vieux un peu sulfureux, méprisés des puristes, à la musique beaucoup plus sophistiquée, avec (oh, scandale !) un clavier omniprésent. En 1978 sort Black and White, leur troisième opus à la tonalité sombre et tranchante. Entre la colère de Rattus Norvegicus, leur premier disque et la pop enjouée de Always the sun (1986), un de leurs principaux tubes, Black and White ressemble à une expérience étrange et fascinante. Des thèmes empreints d’un pessimisme sarcastique, un son sec, brutal et entêtant, l’ouvrage est un ténébreux joyau qui détonne dans la discographie du groupe. Il mériterait pourtant largement de figurer au panthéon du rock.

The Stranglers – Black and White d’Anthony Boile est l’histoire, chanson après chanson, de la naissance de cet album. Un récit documenté et passionnant pour mieux comprendre cette œuvre et ses auteurs. En mai 2020 Dave Greenfield, le claviériste virtuose, dont les arpèges étaient indissociables de la musique des Stranglers, est décédé. Ce livre est le meilleur hommage qui pouvait lui être rendu.

The Stranglers – Black and White

Anthony Boile

Densité

144 p – 11,50 €

Savants flous

Le monde scientifique est-il aussi sérieux qu’il veut nous le faire croire ? Pour Tom Gault, la réponse est évidement non. Des professeurs Tournesol, des savants fous, des entreprises avides de profit, des robots hors de contrôle, des erreurs navrantes, c’est un univers pas très net, en plein disfonctionnement, que nous raconte l’artiste. Avec une drôlerie caustique et facétieuse, il déconstruit le mythe du génial scientifique. Ses chercheurs improbables semblent le plus souvent issus de l’école des cancres que des grandes universités.

Le dessin est simple, lapidaire, de courtes histoires de quelques cases pleines de finesse qui croquent brillamment ces Albert Einstein loufoques, ces Marie Curie gaffeuses. En cette période étrange où les controverses sur tel ou tel professeur, sur tel ou tel virus saturent l’actualité, le livre de Tom Gauld n’en a que plus de saveur.

L’auteur est un dessinateur et illustrateur écossais. Il publie notamment ses œuvres dans le New-Yorker, Le New-York Times et dans le Guardian. Son dernier livre publié en France Le département des théories fumeuses est la meilleure démonstration possible que, pour parodier Rabelais, science sans humour n’est que ruine de l’âme.

Le département des théories fumeuses

Tom Gauld

Editions 2024

160 p – 15 €

Rompre sans céder

Le décès d’un proche, une rupture amoureuse ou amicale, un ami qui déménage loin, un enfant qui part vivre sa vie, un emploi que l’on quitte à regret… nous connaissons tous ces croche-pieds du destin qui nous laissent souffrants et impuissants. Ce sont des déchirures, plus ou moins graves, qui nous blessent ou nous angoissent car elles touchent nos points sensibles, nos faiblesses réelles ou supposées. Blessures profondes qui nous anéantissent ou simples écorchures douloureuses, elles peuvent laisser des traces difficiles à effacer.

Pourtant, il est possible de tirer profit de ces cassures qui font partie intégrante de la vie. C’est ce que nous montre Anne-Laure Buffet dans un ouvrage intitulé Ces séparations qui nous font grandir. Ces accidents, même vécus comme une fin, peuvent être aussi l’occasion d’un nouveau départ, une renaissance, lorsque l’on sait les apprivoiser.

Anne-Laure Buffet est thérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes victimes de violences psychologiques. Dans son dernier ouvrage, elle décortique les mécanismes de la rupture, les douleurs qu’elle engendre et les moyens de s’en libérer. Une écriture sans jargon, un ton simple et direct, sans dogmatisme et à hauteur humaine, de nombreux exemples, des témoignages, Ces séparations qui nous font grandir est un livre tout simplement utile.

Ces séparations qui nous font grandir

Anne-Laure Buffet

Eyrolles

184 p – 18 €

Bob le fataliste

La griffe du passé, La nuit du chasseur… Robert Mitchum est une icône du cinéma. Un regard noir, une présence massive et silencieuse, il a laissé une empreinte inaltérable, même dans ses films les plus dispensables. Mais derrière le personnage public se cachait un être complexe, un homme dans la lumière qui ne rêvait que d’ombre, idéaliste et fataliste. Un artiste en équilibre instable ente bonheur et mélancolie, une « manière d’être complètement dedans et totalement à côté ». Dans Robert Mitchum. L’homme qui n’était pas là Lelo Jimmy Batista dresse un portrait réaliste et empathique de l’acteur, à travers quelques moments clefs de sa vie. Une biographie douce-amère qui donne envie de se transporter dans le Hollywood des années 50/60 à la recherche de ce Bob Mitchum si paradoxal et attachant.

Robert Mitchum. L’homme qui n’était pas là

Lelo Jimmy Batista

Capricci

128 p – 11,50 €

Paris Babel

Belleville, Ménilmontant, dans les hauts de la ville, des humains aux multiples origines cohabitent et se croisent sans toujours se voir : jeunes urbains branchés, employés modestes, sans papiers, dealeurs… Issa, l’éboueur sénégalais, connait ce coin comme sa poche. Il en a sillonné des rues et rencontré des gens, depuis qu’il est arrivé en France. Un jour, son chemin croise celui de Manuela la cubaine. Lorsque le mari de la jeune femme est assassiné et qu’elle disparait mystérieusement, Issa se lance à sa recherche. Mais sa quête va bousculer le business d’un gang de trafiquants et faire basculer sa vie tranquille.

Belleville city, premier roman de Yannis Tsikalakis est une plongée bouillonnante dans un Paris populaire et obscur, celui des quartiers nord-est, loin de la ville lumière et de ses paillettes. Des personnages bien dessinés, un style vif, ce roman policier qui se lit avec plaisir, comme une visite inattendue de la capitale.

Belleville city

Yannis Tsikalakis

Autrement

304 p – 17,90 €

La cité des enfants perdus

Falloujah, en Irak, fut pendant longtemps pour le Français Feurat Alani le pays des vacances en famille, le bonheur partagé, les parfums d’abricot et de cardamome. Un jour de 2004, la mort s’est abattue sur la ville, dévorant inexorablement les enfants de la « cité des mosquées ». La révolte des habitants, le siège par l’armée américaine, les bombardement intenses… Falloujah la rebelle, pour avoir voulu résister à l’envahisseur étranger, a été terrassée. Devenu journaliste, Feurat Alani est revenu sur les pas de sa jeunesse, pour y découvrir les profondes cicatrices, tant morales que physiques, laissées par le conflit. Ainsi que le raconte l’oncle Imad à son neveu : « Des armes étranges et monstrueuses ont semé la mort dans la population ». Comme si cela ne suffisait pas, les bébés nés après les frappes américaines ont payé très cher le prix de la folie humaine. Décès prématurés, maladies et de malformations ont touché près d’un enfant sur dix. Parti enquêter sur ce phénomène aux Etats-Unis puis au Pays de Galles, le reporter découvre que des milliers de tonnes d’uranium appauvri, peut-être même enrichi, ont été déversées sur Falloujah par l’armée US, provoquant dans la population des dégâts pires qu’à Hiroshima.

Entre récit autobiographique et enquête journalistique, Falloujah Ma campagne est une œuvre graphique âpre, sombre et sensible qui raconte avec lucidité l’enfer vécu par les femmes et hommes de la cité martyr. Le dessin en noir et blanc, sobre et expressif d’Halim illustre remarquablement les propos de Feurat Alani.

Falloujah Ma campagne perdue

Scénario : Feurat Alani

Dessin : Halim

Les escales

126 p – 18 €