Faux-semblants

Le MIND MANAGEMENT a été détruit. C’était pourtant un beau projet au départ, censé rendre le monde meilleur. Mais il était devenu trop puissant, trop dangereux et trop indépendant pour les Etats qui avaient recours aux services de cette mystérieuse entité aux ramifications internationales. Sa spécialité, la manipulation des esprits, grâce à une armée clandestine d’agents dotés de pouvoirs paranormaux. Mais l’organisation est en train de renaître de ses cendres, à l’instigation de l’Effaceur, une de ses agentes les plus puissantes. Meru Marlow s’est promise de tout faire pour anéantir cette puissance malfaisante en pleine renaissance.

MIND MGMT – Rapport d’opération 3/3 est le troisième tome d’une série écrite et dessinée par Matt Kindt. Une saga d’espionnage paranoïaque, entre Jason Borne, Matrix et Kill Bill, qui raconte la lutte à mort de Meru et de ses rares alliés contre l’Effaceur et sa légion de l’ombre. Meru, la jeune femme perdue et en fuite qui se transforme en guerrière, l’Effaceur dont la présence maléfique hante la quête de Meru, tel un fantôme menaçant. Au cœur de ce conflit, la soif du pouvoir, celui qui permet de contrôler les pensées et les âmes. Des mises en abîme, des faux-semblants, des flash-backs, des narrations éclatées qui se rejoignent, le récit est une construction sophistiquée et fascinante d’une grande richesse. Matt Kindt, avec ses aquarelles à la douceur trompeuse, manipule les lecteurs comme le MIND MANGEMENT ses agents et ses cibles. Une œuvre passionnante et formidablement addictive, qui raconte aussi en creux beaucoup de notre société, ses utopies dévoyées, ses manipulations ou ses luttes secrètes.

MIND MGMT – Rapport d’opérations 3/3

Matt Kindt

Monsieur Toussaint LOUVERTURE

344 p 24,50 €

La cité des enfants perdus

Falloujah, en Irak, fut pendant longtemps pour le Français Feurat Alani le pays des vacances en famille, le bonheur partagé, les parfums d’abricot et de cardamome. Un jour de 2004, la mort s’est abattue sur la ville, dévorant inexorablement les enfants de la « cité des mosquées ». La révolte des habitants, le siège par l’armée américaine, les bombardement intenses… Falloujah la rebelle, pour avoir voulu résister à l’envahisseur étranger, a été terrassée. Devenu journaliste, Feurat Alani est revenu sur les pas de sa jeunesse, pour y découvrir les profondes cicatrices, tant morales que physiques, laissées par le conflit. Ainsi que le raconte l’oncle Imad à son neveu : « Des armes étranges et monstrueuses ont semé la mort dans la population ». Comme si cela ne suffisait pas, les bébés nés après les frappes américaines ont payé très cher le prix de la folie humaine. Décès prématurés, maladies et de malformations ont touché près d’un enfant sur dix. Parti enquêter sur ce phénomène aux Etats-Unis puis au Pays de Galles, le reporter découvre que des milliers de tonnes d’uranium appauvri, peut-être même enrichi, ont été déversées sur Falloujah par l’armée US, provoquant dans la population des dégâts pires qu’à Hiroshima.

Entre récit autobiographique et enquête journalistique, Falloujah Ma campagne est une œuvre graphique âpre, sombre et sensible qui raconte avec lucidité l’enfer vécu par les femmes et hommes de la cité martyr. Le dessin en noir et blanc, sobre et expressif d’Halim illustre remarquablement les propos de Feurat Alani.

Falloujah Ma campagne perdue

Scénario : Feurat Alani

Dessin : Halim

Les escales

126 p – 18 €

Le goût perdu de la cardamome

Feurat Alani est un journaliste français né de parents irakiens. Il a découvert le pays familial pour la première fois en 1989, à l’âge de 9 ans. Depuis, il y est revenu à de nombreuses reprises, d’abord comme simple visiteur, puis comme reporter. En 2016, il a décidé de raconter en 1000 tweets son Irak, qu’il a appris à aimer et qu’il a vu lentement s’enfoncer dans le chaos. Le territoire dont il nous parle est d’abord celui de l’enfance et de ses parfums, le goût de l’abricot,de la datte ou de la cardamome. Une région accueillante, vivante et colorée. Mais un jour l’armée irakienne a envahi le Koweït, les friandises ont disparu et le cauchemar a commencé. La dictature, les guerres, l’embargo, la chute de Saddam Hussein, les conflits religieux… Des monstres ont engendré d’autres monstres encore plus barbares. L’ancienne Mésopotamie n’est plus aujourd’hui qu’un vaste terrain de guerre, un champ de ruines et de regrets.

Le résultat de cette odyssée tweetesque, Le Parfum d’Irak, illustré par l’artiste français Léonard Cohen, est une superbe et paradoxale réussite littéraire. L’auteur porte sur la terre de ses ancêtres un regard tendre mais lucide. Il raconte le quotidien des habitants de Bagdad ou de Falloujah, fait de débrouille, de violence, de partages et de menus plaisirs. L’ouvrage se lit comme un passionnant roman graphique, mélange d’ombre et de lumière, d’âpreté et de poésie : « Raconter la mort quand c’est nécessaire, oui. Mais il faut raconter la vie, avant tout ». Les superbes illustrations, au style simple et tranché et aux couleurs vives, accompagnent parfaitement le récit. Le parfum d’Irak est un bel et émouvant hommage rendu à un pays qui agonise et à ses habitants.

Le parfum d’Irak

Feurat Alani

Illustrations de Léonard Cohen

Arte Éditions & Éditions nova

178 p – 19 €