Green et châtiment

Vous avez des tendances homicides prononcées mais vous ne supportez pas la vue du sang ? Vous haïssez le genre humain dans son ensemble mais l’idée de passer à l’acte vous fatigue d’avance ? Alors le livre La mort par les plantes de Helmut Eisendle est fait pour vous. Tel un herbier peu recommandable mais superbement illustré, l’ouvrage compile en 33 fiches tout ce qu’il faut savoir sur les plantes toxiques. Noms, propriétés, effets, modes d’emplois et cas pratiques, vous n’ignorerez bientôt plus rien de ces fruits défendus. Grâce aux connaissances ainsi acquises, vous pourrez enfin prendre votre destinée en main et vous débarrasser tranquillement de tous les importuns qui polluent votre horizon. Comme l’écrit l’auteur « Le savoir, c’est-à-dire la connaissance des possibilités d’opérer une destruction absolue, est de manière évidente un moyen de remporter la victoire sur un adversaire ».

L’Autrichien Helmut Eisendle, décédé en 2003, était mécanicien informatique, biologiste, docteur en psychologie et en philosophie. Il a écrit une quarantaine de livres. La mort par les plantes est (hélas) sa seule œuvre traduite en français. Entre poésie, humour, réflexion et botanique, c’est le recueil indispensable aux révoltés apathiques et aux misanthropes paresseux.

La Mort par les plantes

Helmut Eisendle

Vies Parallèles

160p – 20 €

Le monde des livres

Les livres sont mondes étranges et magiques. Ils offrent à leurs lecteurs des saveurs, des parfums familiers ou inconnus. Clémentine Mélois est tombée dedans quand elle était petite, tel un certain gaulois tombé dans la potion magique (la comparaison s’arrête là). Il y a pire addiction. Pour notre plus grand bonheur, elle a décidé de partager cette passion, de parler de ces ouvrages aimés, comme on ferait goûter ses plats préférés à des amis. Tolkien l’initiateur, Perec ou Francis Ponge, Astérix, Maigret ou le capitaine Achab, l’inventaire est long et éclectique. Ces œuvres sont des voyages, des allers-retours entre quotidien et rêve, vie d’adulte et enfance. La lecture se transforme alors en une expérience sensorielle durant laquelle le temps devient élastique. Qu’il soit de poche ou relié cuir, l’objet imprimé lui-même a quelque chose de magique, de fascinant, qui justifie aisément le doux fétichisme des amoureux de littérature.

La dernière création de Clémentine Mélois s’intitule Dehors, la tempête. Après cette tourmente silencieuse et inquiétante qui a frappé à nos portes, elle rappelle, avec tendresse, humour et un brin de nostalgie, à quel point un livre peut être un refuge apaisant. Elle nous invite à relire ceux qui ont compté. Elle nous pousse à partir à la découverte d’auteurs inconnus et de nouveaux personnages, pour mieux entrer dans leur univers et par-là même de les inviter dans le nôtre. Tout un programme de plaisirs à venir, de bonheurs à partager.

Dehors, la tempête

Clémentine Mélois

Grasset

192 p – 17 €

Narration désynchronisée

Le métier de romancier est plus compliqué que l’on ne l’imagine. Surtout quand les personnages de la fiction littéraire échappent à leur créateur et n’en font qu’à leur tête. C’est ce qui arrive au héros de Albert et l’argent du beurre de Laurent Rivelaygue. Il se rêvait en fabriquant de best-sellers, riche et adulé. Le voilà condamné à courir après ses propres créatures, se bagarrer contre elles, réparer les catastrophes qu’elles provoquent ou subissent. Démiurge impuissant, il en est réduit à essayer de renouer tant bien que mal les fils d’un récit parti dans tous les sens.

Albert et l’argent du beurre est un roman loufoque et singulier. Vu de loin, il ressemble à du grand n’importe quoi, mais c’est en réalité une œuvre parfaitement maîtrisée. Une littérature approximative brillamment organisée, inventive et d’une réelle drôlerie. Le combat du pauvre plumitif dépassé devient une sorte de concours de narration désynchronisée où l’auteur (celui de chair et d’os, pas l’autre malheureux) secoue la langue française à grands coups de néologismes, pléonasmes et autres bizarreries stylistiques, à en rendre fous les membres de l’Académie française. Il est malheureusement à craindre que Laurent Rivelaygue soit le fruit, caché et indigne, de l’union contre nature de Jean-Baptiste Botul, Pierre Desproges et des Nuls, voire même pire. La lecture de son dernier ouvrage, à l’humour absurde, potache et déjanté, est en tout cas la meilleure des façons de lutter contre la morosité ambiante, en se tenant les côtes dans de grands éclats de rire.

Albert et l’argent du Beurre

Laurent Rivelaygue

Éditions du Sonneur

224 p – 15 €

Domination

Au nord du Québec les habitants de la petite ville de Roberval traînent leur ennui au bord du lac Saint-Jean. Une société de soumission où le quotidien pèse et anesthésie comme la neige engourdit. Dans cette région austère, l’avenir se dessine en gris terne. A la scierie, un des principaux employeurs du coin, les salariés sont en grève et le conflit social s’éternise et se durcit. Parmi les grévistes, il y a Querelle beau et hédoniste colosse venu de Montréal et Jézabel la rebelle. Deux âmes libres et solaires coincées dans une société engoncée dans ses tristes conventions. Mais que valent ces individus de peu, ouvriers méprisés, indigènes déclassés, face à la logique du profit pur, celle de la réduction des coûts et de l’ubérisation en marche ? Dans un affrontement de plus en plus tendu, tous les coups sont permis contre les grévistes. Pendant ce temps les autorités regardent ailleurs. A la brutalité des rapports de domination, imposée par les pouvoirs économiques et politiques, répond alors la colère de ceux qui n’ont plus ni parole ni espoir. Une lutte inexorable s’engage, âpre et frontale, qui ne peut se terminer que par un drame.

Kevin Lambert est un jeune écrivain québécois et Querelle est son deuxième ouvrage. C’est une tragédie sociale et érotique, entre Zola et Jean Genet, qui empoigne, trouble et secoue. Un récit puissant et cru, à l’écriture ironique, violente et sensuelle. Un roman que l’on prend comme une claque et que l’on referme groggy, abasourdi.

Querelle

Kevin Lambert

Le nouvel Attila

256 p – 18 €

Revue et approuvée (2)

Le Bouclard Nouveau est arrivé. Contrairement au Beaujolais nouveau qui sent forcément la banane, Bouclard a le parfum doux et changeant des livres aimés. En vieil argot, un bouclard désignait une librairie. Donc, forcément, Bouclard parle de livres et de littératures. Dans ce deuxième numéro, Emilie Houssa est partie à Illiers-Combray, dans une poétique recherche du proustien perdu. Cyril Gray a traversé l’Atlantique jusqu’à Cali, pour y rencontrer Hermán Hoyos, sorte de Douanier Rousseau colombien de la pornographie underground. Joël Langonné a laissé vagabonder sa pensée, dans un réjouissant coq à l’âne bibliophile. Avec, cerise sur le gâteau, les participations de la bibliothèque de Quentin Faucompré, des dessins de War and Peas et des poèmes de Maude Veilleux.

Tout ça pour dire que Bouclard est une revue joyeusement curieuse et éclectique. Elle est vendue dans les meilleures libraires de la galaxie. Il est aussi possible de la commander sur le site de Bouclard Éditions : www.bouclard-editions.fr.

Bouclard

Revue semestrielle

Bouclard Éditions 

10 € le numéro